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mardi 2 mai 2017

YOM HASHOAH 2017


Cérémonie au cimetière israélite du Château à Nice,
 le 24 avril 2017

©Jacques Lefebvre-Linetzky

Ce fut une belle cérémonie, empreinte de gravité en ces temps tourmentés. Les discours furent sobres, fermes, à l’unisson : ne pas oublier, ne pas céder devant les assauts des extrêmes, lutter contre celles et ceux qui, sans vergogne, s’ingénient à réécrire l’histoire et souillent les valeurs de notre république. 

©Jacques Lefebvre-Linetzky

Jérôme Culioli, président du CRIF Sud-Est a rappelé l’absolue nécessité de ce combat de tous les jours. Il a inscrit cette commémoration dans l’action, la mémoire ne peut se vivre, selon lui, que dans l’action. M. Philippe Pradal, maire de Nice, a prononcé un discours admirable dont chaque mot vibrait d’une profonde humanité. Ces mots n’étaient pas vains, c’étaient ceux d’un homme sincère et déterminé. Martine Ouaknine, déléguée aux affaires juridiques, a également pris la parole, de même que Daniel Wancier, président du comité Yad Vashem, Nice. Ces voix parlaient toutes la même langue au service d’une mémoire en action. Douze élus étaient présents.

Martine Ouaknine et Daniel Wancier
©Jacques Lefebvre-Linetzky

Aux discours répondirent des chants, des prières, des noms lus parfois de manière maladroite. Et puis ces voix se turent pour laisser la place à la minute de silence. C’est toujours un moment très impressionnant où le temps semble s’arrêter, où chacun entend le souffle de l’autre, où les voix des orateurs sont encore présentes à nos oreilles, où le chant des oiseaux devient soudain perceptible et glorieux. Ce silence bruit de mille sons qui résonnent dans nos consciences.

Philippe Pradal et Maurice Niddam
©Jacques Lefebvre-Linetzky

Le dépôt des bougies, six bougies pour six millions de vie, est un autre moment fort. Quatre déportées, Annette Barbut, Annette Cabelli, Lucie Cohen et Zelda Sosnowski, accompagnées par Morgane, représentant le conseil départemental des jeunes, s’approchèrent pour allumer ces lumières. Enfin, Pierre Lellouch, enfant caché et Mauro Maugliani dont les peintures figuraient aux côtés des photographies des enfants déportés, déposèrent, à leur tour, une bougie.  

œuvre réalisée par Mauro Maugliani
©Jacques Lefebvre-Linetzky

Allumer une bougie est un geste symbolique, un défi à l’oubli, une promesse de lumière. Une septième bougie a été allumée par M. le Maire, Philippe Pradal, à la mémoire des 86 victimes de l’attentat du 14 juillet 2016.
L’assemblée s’est ensuite rendue devant le Mur des Justes parmi les nations afin de procéder à un nouvel allumage de bougies. Les élus furent invités à participer à la cérémonie. Au moment de déposer la septième bougie, Patrick Allemand, dans un geste spontané et noble, a demandé à Philippe Pradal de l’accompagner.


Morgane devant le Mur des Justes parmi les nations
©Jacques Lefebvre-Linetzky

Enfin, on entonna la Marseillaise…
Commémorer

©Jacques Lefebvre-Linetzky

Commémorer, c’est « se souvenir ensemble », c’est mesurer le présent à l’aune du passé.
Selon Sophie Ernst, la commémoration est un engagement solennel et partagé :
« La commémoration fait partager des rituels ; elle évoque des images et raconte des histoires qu'elle investit de sens, induit des émotions, pose des significations, et imprime ces significations dans la sensibilité. Elle fait partager un imaginaire, mobilise les énergies et donne à l'action ses directions fondamentales. Ce qu'on appelle «partager des valeurs», mais l'expression est tellement galvaudée qu'on n'en saisit plus ni la force ni la gravité. Or, dans la commémoration, on convoque le souvenir des morts, pour dire aux vivants : rien ne vaut la vie, mais certains sacrifices nous disent ce qui vaut la peine de mettre la vie en jeu. Et ce faisant, la mémoire donne à la vie collective sa boussole.
C'est une référence au passé, un rappel de la dette à l'égard des morts, une exhortation à se souvenir, un vœu de fidélité... mais en fait il s'agit bien plus de l'avenir que du passé. L'enjeu est de nous raconter à nous-mêmes ce qui nous importe, et de favoriser, par l'émotion produite, quelque chose comme un engagement solennel et partagé.»
Les limites de la commémoration selon l’historien, Georges Bensoussan

©Jacques Lefebvre-Linetzky

L’historien, Georges Bensoussan est venu à Nice récemment et a donné une conférence au CUM. Il a suscité un grand émoi lorsqu’il a souligné les limites des commémorations et lorsqu’il s’est interrogé sur l’intérêt des voyages de la mémoire.
Voici ce qu’il disait dans un entretien accordé au quotidien, Libération, en 2011 :
« Je suis très sceptique. La plupart du temps, ce sont des voyages éclair d’une journée. Or, comme il ne reste plus grand-chose, si on n’en sait pas déjà beaucoup, on ne voit rien. On est alors dans l’émotionnel, le compassionnel et le devoir de mémoire, avec des collégiens qui ne comprennent pas la portée de ce qu’ils voient.
L’erreur serait de croire que ces voyages peuvent remplacer un cours d’histoire et qu’ils agissent comme un vaccin contre l’antisémitisme. Je suis moi-même allé pour la première fois à Auschwitz en 2005, alors que je travaillais depuis vingt ans sur le sujet. Il n’y a pas besoin d’y aller pour comprendre. Rien ne vaut un cours d’histoire où l’on développe une réflexion politique. En revanche, ces voyages seraient très utiles aux professeurs. Car souvent il y a dans l’opinion une lassitude, comme si on parlait trop de la Shoah. Certains profs sont, en outre, sensibles aux thèses de l’ultra gauche. Ils ont l’impression qu’en allant à Auschwitz, ils sont instrumentalisés au profit d’Israël. »
Georges Bensoussan souligne certaines dérives et s’interroge sur la portée des commémorations dans la mesure où elles ne sont pas, selon lui, un barrage à l’antisémitisme. Il met en cause la concurrence mémorielle qui aboutit souvent à minimiser la spécificité de la Shoah. Il dénonce les amalgames et la banalisation de la Shoah. Enfin, il attire notre attention sur l’utilisation abusive de formules vidées de leur sens. Ainsi, « plus jamais ça », « les heures les plus sombres de notre histoire », « la bête immonde » sont des formules écran qui nous empêche d’aller au cœur des choses.
Devoir de mémoire
©Jacques Lefebvre-Linetzky
C’est une expression que l’on utilise presque sans y prêter attention tant elle semble relever de l’évidence. Oui, c’est un devoir que l’on doit à ceux qui ont péri. On doit se souvenir, on ne doit pas oublier. Mais l’injonction a ses propres limites. Elle fonctionne sur le mode de l’émotion, elle induit une culpabilité pour celles et ceux qui ne se soumettraient pas à ce devoir impérieux. Les historiens préfèrent l’expression « travail de mémoire ». Il s’agit bien d’un travail, il s’agit de volonté et de détermination, il s’agit, encore une fois, de mémoire en action.
Ce travail de mémoire est effectué dans notre département depuis de nombreuses années grâce aux « voyages de la mémoire ». C’est un travail entrepris et encadré par des enseignants déterminés à accompagner leurs élèves et à les guider pour qu’ils deviennent des citoyens vigilants. Ce travail de mémoire, c’est aussi ce que fait l’AMEJDAM, grâce à ces plaques où revivent les noms des enfants massacrés. Ce travail est indispensable et s’inscrit dans une dynamique de l’action. Lire l’émotion dans un regard d’enfant, c’est en soi, une victoire contre l’oubli.


Texte et photographies: Jacques Lefebvre-Linetzky






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