Ceci est notre logo

Ceci est notre logo

mardi 9 octobre 2018

POSE À NICE DE LA PREMIÈRE PIERRE DU MUR DES NOMS


Dans l’actualité niçoise immédiate une cérémonie, très importante pour les militants de la mémoire que nous sommes, s'est tenue hier matin à Nice, en présence de M. le maire, Christian Estrosi, et de Son Excellence Madame Aliza Bin-Noun Binnewies, Ambassadeur d'Israël en France et à Monaco. 


Il s'agit de la pose de la première pierre de ce qui sera le Mur des Noms, érigé en la mémoire des 3485 Juifs qui ont été déportés depuis la gare de Nice vers Drancy. 



Étaient présents à leurs côtés :
Mme Martine Ouaknine, Adjointe au Maire, Conseillère métropolitaine, Conseillère départementale

M. Maurice Niddam, Président du Consistoire Israélite de Nice 

M. Daniel Wancier, Président de Yad Vashem Nice Côte d’Azur

M. Eric Ciotti, et M. Rudy Salles, ainsi que Michèle Merowka, Présidente de l’AMEJDAM, et de nombreux membres de notre association y ont également assisté. 

Après un moment de recueillement devant le Mur des Justes, tous se sont réunis devant l’entrée du cimetière juif du Château, afin d’assister au dévoilement de la plaque du futur mur des Déportés, précédé par l'exécution de Nissa la Bella par la fanfare municipale. 




Deux discours ont été prononcés pour expliquer l’utilité, voire la nécessité de cette entreprise. Sur ce long mur qui bordera celui du cimetière juif seront inscrits les 3485 noms de ceux et celles qui ont été embarqués de force dans des trains en partance pour Drancy, avant d’être déportés vers la Pologne ou l'Allemagne. Y figureront leur nom, leur prénom et leur âge. Ce sont les listes établies par Serge Klarsfeld qui serviront à cette tâche immense. Nous sommes émus à la pensée que nos propres travaux et recherches récentes seront probablement pris en compte. Ainsi que cela a été souligné dans les deux discours, ce mémorial servira à la fois de mise en garde, d’outil pédagogique, mais aussi, et c’est très important, de sépulture pour tous ceux et celles qui ne sont pas revenus, et qui n’en ont jamais eue. 

Extrait de Nice-Matin, en date du 9 octobre 2018 

 "Ce mur des Déportés sera la pierre supplémentaire de cet édifice de la mémoire que nous nous devons de bâtir pour rompre à jamais le silence, s'est ému le maire. Combien d'écrivains, de poètes, de musiciens, de femmes et d'hommes de science assassinés? Et combien d'enfants martyrisés? Nous ne le saurons jamais."


"Un nazisme qui ose à nouveau s'afficher"


Christian Estrosi a martelé l'importance du devoir de mémoire et de la transmission aux jeunes et futures générations pour combattre "le révisionnisme, le négationnisme et la résurgence d'un nazisme qui ose à nouveau s'afficher". De son côté, Mme Aliza Bin-Noun a salué l'engagement de la Ville et du Département en termes d'éducation et de lutte contre l'antisémitisme. La diplomate conçoit le mur des Déportés comme un moyen "de restituer aux victimes une identité, mais aussi une dignité. Il sera un lieu contre l'oubli, de transmission et une sépulture pour tous les disparus."


La médaille du département


Lors de son allocution, Madame l'Ambassadrice a tenu à rendre hommage à Simone Veil, arrêtée à Nice et déportée à Auschwitz, au printemps 1944 : "Elle restera à jamais dans nos mémoires. Tout au long de sa vie, elle n'aura cessé de mener des combats."
Charles Gottlieb, Marceline Loridan-Ivens et Serge Klarsfeld ont également été remerciés pour leurs travaux "contre l'oubli".
Plus tôt dans la matinée, Aliza Bin-Noun s'est vu remettre la médaille du Département des mains du député Éric Ciotti, présent à la colline du Château, au nom du président des Alpes-Maritimes, Charles-Ange Ginésy. La journée s'est poursuivie par un dépôt de gerbes au mémorial des victimes du 14 juillet de la villa Masséna et par deux conférences sur l'action humanitaire et diplomatique israélienne, au Centre universitaire méditerranéen.

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~

D'autres photos de cette cérémonie 

De gauche à droite :
MM. Philippe Pradal, Rudy Salles et Christian Estrosi

De gauche à droite :
MM. Samak, Pradal, Salles, Mme l'Ambassadrice 
et Mme Martine Ouaknine


À  droite de Mme l'Ambassadrice, 
MM. Maurice Niddam et Jérôme Culioli (président du CRIF)


La cérémonie s'est terminée sur
l'hymne israélien et la Marseillaise


Petit bémol cependant, pour conclure ce billet : nous, qui travaillons sans relâche pour que les noms des enfants déportés soient inscrits sur les murs des écoles de la ville de Nice (et du département) grâce à nos recherches, nous sommes un peu attristés de constater que notre association se trouve si rarement mentionnée dans les discours des personnalités politiques qui, pourtant, s'impliquent si fort dans cette entreprise. Nous ignorons les raisons de cette omission ... est-ce le nom de notre association qui est difficile à mémoriser ? Ou bien le fait que nous ne nous mettions pas suffisamment en avant ? Nous travaillons dans l'ombre pour honorer la mémoire de ces enfants, c'est vrai, mais dans le grand show politique, un bref coup de projecteur de temps à autre sur notre  association nous encouragerait, et cette reconnaissance nous ferait plaisir, tout simplement. 

Alors, merci à vous tous et toutes qui nous lisez et nous soutenez. 



* * * * * * * * 



Texte et mise en page : Cathie Fidler
Crédits photographiques : ©Jacques Lefebvre-Linetzky










CHARLES AZNAVOUR, IL ÉTAIT DES NÔTRES...







Hier encore, ma jeunesse passée pleure Aznavour

Chanteur, compositeur, poète, comédien, bête de scène. Il s’est éteint et sa lumière luit en nous tant il nous a accompagné « au creux de notre cœur ». La presse et la télévision, les média, comme on dit, nous ont tout raconté depuis sa mort, la semaine dernière. Il y a eu, bien sûr, le bel hommage du président de la République qui se terminait par ces mots : « En France, les poètes ne meurent jamais ».
Pour chacun et chacune d’entre nous, il représente un pan de notre histoire personnelle, un souvenir, une émotion, un tremblement de l’âme. Sa voix nous habite, une voix puissante venue d’un ailleurs trempé dans la souffrance et l’exaltation, une voix couleur muraille qui nous arrache des larmes.
Il a bien vieilli avec nous, son visage s’est buriné, les rides ont organisé une géographie marquée par un tragique imprégné de gaieté. Télérama lui a consacré un hors-série exemplaire. On le voit à différents stades de sa carrière. Le noir et blanc lui sied bien. On feuillette les pages, on s’attarde, on découvre ou on redécouvre des détails de sa vie et de sa carrière. Les portraits se succèdent et ses yeux semblent nous inviter à ne pas l’oublier. Il y avait dans les yeux d’Aznavour une tendresse infinie, une générosité discrète, une force indomptable, une rage de vivre et de transmettre. Comme il nous manque déjà.

Jacques Lefebvre-Linetzky




L'ami des Juifs et d'Israël

Il avait prévu de fêter son 95e anniversaire en 2019 à Tel Aviv ...



Image empruntée ici

« Nous avons tant de choses en commun, les Juifs et les Arméniens, dans le malheur, dans le bonheur, dans le travail, dans la musique, dans les arts. J’ai un petit peu l’impression que je viens dans un coin de ma famille à moi parce que nous avons la même manière, aussi, de vivre et de manger et de boire. »

Publié dans The Times of Israël, 29 octobre 2017


La relation entre la famille Aznavour et les Juifs repose également sur une reconnaissance mutuelle des souffrances endurées par les deux peuples. Charles Aznavour a maintes fois souligné le fait que les Juifs ont été les premiers à reconnaître le génocide de son peuple. C'est, de fait, l’un des trois génocides à posséder le droit d'être ainsi nommé. 

Pour écouter Charles Aznavour chanter Yerushalaim, cliquez ici



Image empruntée ici

« Il galéra jusqu’à l’âge de 36 ans pour imposer ses chansons sur scène, ne voulut pas faire une « carrière américaine », juste être connu aux Etats-Unis comme il fut connu ailleurs : un sondage du magazine Time et de la chaîne CNN le classera en 1988 comme « Chanteur de variété le plus important du XXe siècle », devant Elvis Presley et Frank Sinatra. Son étoile est inscrite dans le « Walk of Fame » hollywoodien depuis l’année dernière. Mais bien avant ces marques de reconnaissances internationales, ses 600 chansons (et non 1300 comme on peut le lire un peu partout…), 100 millions de disques vendus et plus de 50 films dans lesquels il apparaîtra, Charles Aznavour était Varenagh Aznaourian, né en France le 22 mai 1924. »

Alain Granat, Jewpop, 2018

Pour lire l'intégralité de cet article sur Jewpop, cliquez ici 


Aïda, l'âme sœur... 



Charles a une sœur, nommée Aïda. On a entendu parler, ces derniers jours, du pacte qu’il avait conclu avec elle, de devenir centenaires ensemble… Ils étaient très proches. Aïda a épousé le compositeur Georges Garvarentz, comme elle d’origine arménienne, né en Grèce et Français. Si son nom ne vous est pas familier, ses chansons le sont sûrement : Daniela, ça vous dit quelque chose ?  Et bien sûr Retiens la nuit, pour Johnny Hallyday, et La plus belle pour aller danser, pour Sylvie Vartan. Pour Charles Aznavour il a composé La Marche des Anges, Hier encore, Désormais, Les plaisirs démodés… entre autres. Et un nombre important de musiques de films que tous connaissent, à commencer par Un taxi pour Tobrouk.

En 1957, Aïda a chanté une chanson emblématique de la relation de sa famille avec les Juifs : Sarah. Il y est question d’une jeune fille qui a quitté sa famille et la boutique de son père, tailleur. Et tous l’enjoignent de revenir vers eux… Comme si elle partait pour une autre communauté, un autre monde, qui la transformerait.

Cathie Fidler

Pour écouter Aïda Aznavour chanter Sarah, cliquez ici






Image empruntée ici
© Joël Saget/ AFP

« Il y a en moi quatre personnages : je suis celui que l’on croit que je suis, celui que je crois être, celui que je veux être et celui que je suis en vérité. »

Entretien donné à la 2e chaîne de l’ORTF le 19 novembre 1967.




Image empruntée ici

« Le matin quand je me réveille et que je sais que je suis en vie, je repars du bon pied. Tous les soirs, je pense à la mort et tous les matins, je pense à la vie. Je suis un bon vivant. Moi j’aime vivre, je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de ne pas vivre. »

Charles Aznavour au micro de RTL, 2007  


Un taxi pour Tobrouk



Image empruntée ici

Le 8 octobre dernier, France 5 a eu la bonne idée de diffuser à nouveau l’inoxydable Un taxi pour Tobrouk de Denys de La Patellière, 1960. À l’époque, la vedette, c’était Lino Ventura, le balèze de service, une tronche, une voix qui percutait l’écran comme un uppercut. Aznavour, c’était peu de chose à côté de l’ancien champion de catch. Et pourtant, tout chétif qu’il était, il parvient à voler la vedette au massif Lino. Acteur « naturel » par excellence, Charles Aznavour, lâche ses répliques comme s’il était sur un ring. Il faut dire qu’il était servi par les dialogues à l’emporte-pièce de Michel Audiard. Et puis, il y a les silences de Charles, la respiration de Charles qui donnent encore plus de relief à cette présence magique. Médecin juif dans le film, il est le seul à n’éprouver aucune sympathie pour le soldat allemand au comportement honorable. Ce n’était pas prévu dans le scénario original, c’est Aznavour qui a imposé cette vision forte et cohérente du personnage qu’il incarnait. La France gaullienne célébrait la réconciliation avec l’Allemagne et ce film est en partie le miroir de cette époque. Charles Aznavour permet ainsi à Un taxi pour Tobrouk de ne pas sombrer dans un récit par trop convenu, même si on y reconnait des accents antimilitaristes.

Jacques Lefebvre-Linetzky





"Retiens la vie"
Charles Aznavour, invité de La Grande Librairie, novembre 2017

Cliquez ici



Thé ou café? 
Charles Aznavour "interviouvé" 
par Catherine Ceylac, janvier 2018

Cliquez ici

Ses voyages immobiles


 « Aventurier des mots et de la chanson,
J’ai voulu découvrir, parcourir,
Visiter le monde et les choses.
Je l’ai fait de deux manières :
Les voyages et les dictionnaires.
Je suis allé d’est en ouest,
J’ai navigué sur toutes les mers et tous les océans
Visité les plus belles villes,
Contemplé les paysages les plus grandioses,
J’ai admiré les merveilles
Que la main de l’homme
A su modeler et construire.
Pourtant je me rends compte,
À l’âge où les déplacements se font plus rares,
Que mes voyages les plus extraordinaires
Ont finalement été mes voyages immobiles. »

À voix basse, Charles Aznavour, Ed. Don Quichotte, 2009

Remerciements réitérés et chaleureux à Alain Granat qui nous a autorisé à utiliser son article. 


Mise en page, Jacques Lefebvre-Linetzky, 2018