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mercredi 7 juin 2017

LES LETTRES DE LOUISE PIKOVSKY



Des bouteilles à la mer…




Bidon de lait utilisé par le groupe Oyneg Shabbos
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Il y a quelque chose de profondément émouvant à trouver par hasard des lettres dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Ce sont des messages venus d’un lointain passé qui, tout à coup, deviennent d’une actualité fébrile. Ces lettres sont des voix qui reprennent vie, des bouteilles à la mer. En 1946, dix boites métalliques contenant des milliers de documents ont été découvertes dans les ruines de Varsovie. Deux bidons de lait ont été déterrés dans la cave d’une maison en 1950. La vie quotidienne du ghetto de Varsovie était cachée là dans toute sa misère. L'historien Emmanuel Ringelblum et les membres de son groupe, Oyneg Shabbos, ont collecté toute sorte de documents qui nous permettent aujourd'hui de saisir la "réalité" de la vie dans le ghetto de Varsovie. 

Remonter le fil du temps



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C’est grâce à Khalida Hatchy, professeure-documentaliste au lycée Jean de La Fontaine, que les lettres de Louise Pikovsky sont remontées du passé et de l’oubli.

En février 2016, l’une de ses collègues, Christine Lerch, professeure de mathématiques, l’informe que six ans auparavant, elle a découvert dans une armoire,  des lettres, des livrets, ainsi qu’une photo de classe et une bible lors d’un déménagement de matériel scolaire. Tous ces documents semblent appartenir à une certaine Louise Pikovsky. Christiane Lerch n’en sait pas davantage et elle remet ce « trésor » au centre de documentation et d’information du lycée.
Khalida Hatchy, émue au plus profond à la lecture de ces lettres, décide de remonter le fil du temps.  Elle se fait aider dans cette tâche par Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24. Ensemble, elles vont retrouver des témoins, des cousins éloignés, d’anciennes élèves. 


Une amitié forte avec une enseignante d'exception

Louise a correspondu avec sa professeur(e) de lettres, mademoiselle Malingrey, durant l'été 1942. 

C’est lors du 50e anniversaire du lycée Jean de La Fontaine, en 1988, que mademoiselle Malingrey a remis ces lettres ainsi que d'autres documents au lycée.  


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Voici ce que l’on peut lire sur le site consacré à Louise, intitulé « Si je reviens un jour… »



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Toutes les lettres retrouvées sont adressées à la même personne : mademoiselle Malingrey, sa professeure de lettres. Dans deux livrets de distribution des prix datés de 1941 et 1942, enfouis également dans l’armoire, nous apprenons qu’elle était professeure de latin-grec au lycée Jean de La Fontaine. L’élève et son enseignante ont correspondu au cours de l’été 1942. Le premier courrier date du 7 août : "Chère Mademoiselle, j’ai reçu votre lettre et votre paquet et je ne vous remercie ni pour l’un ni pour l’autre. Mais je puis vous dire que les haricots étaient délicieux ? Et que la lettre… Oh ! Pour elle, je ne dis rien car je dépasserais les limites que vous m’avez permises", écrit Louise. La jeune lycéenne dévoile par écrit ses réflexions personnelles et surtout ses interrogations. Elle n’évoque pas explicitement la guerre, mais le conflit se devine en filigrane. En ce mois d’août 1942, trois semaines après la rafle du Vélodrome d’Hiver durant laquelle plus de 13 000 juifs ont été arrêtés dans Paris et sa banlieue, elle explique à mademoiselle Malingrey que son père en faisait lui aussi partie : "Nous avons des nouvelles de Papa. Il n’a pas quitté Drancy. (…) Nous pouvons envoyer un colis de vêtements. J’ai eu bien du travail pour aider à le préparer mais aussi, avec quelle joie l’ai-je fait". Louise n’exprime pas ouvertement ses angoisses, mais les laisse transparaître en quelques mots : "Oh ! Mademoiselle, si vous vouliez me reparler de la joie. Je suis sûre que nous ne pouvons apprécier le bonheur qu’après avoir souffert, mais est-ce que la souffrance a des arrêts. Je finis par en douter. Je vous embrasse affectueusement". 
(…)
Louise fait preuve d’une incroyable maturité, bien que de rares passages laissent poindre ses inquiétudes d’adolescente. Elle explique ainsi qu’elle se sent parfois seule et incomprise à Jean de La Fontaine, au milieu de ses camarades : "Dans mes trois années de lycée, je n’ai pas eu une seule compagne que je ne puisse appeler une amie. Peut-être suis-je trop difficile et trop égoïste ?". La dernière lettre retrouvée date du 19 septembre 1942. Les cours reprennent. L’enseignante et son élève se retrouvent au lycée et leur correspondance s’interrompt.

Il ne reste qu’un dernier petit mot. L’enveloppe n’est pas timbrée. Il est seulement griffonné "Janvier 1944" au crayon à papier. L’écriture est tremblante. "Nous sommes tous arrêtés. Je vous laisse les livres qui ne sont pas à moi et aussi quelques lettres que je voudrais retrouver si je reviens un jour. Je pense à vous, au Père et à Melle Arnold, et je vous embrasse", signé Louise.




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Le témoignage de mademoiselle Malingrey

Interrogée sur la période de la guerre, mademoiselle Malingrey revient sur sa relation avec Louise. "Elle fut mon élève en 4e de 1941 à 1942, et de 1942 à 1943 en 3e A. Elle était blonde, avec de grands yeux bleus qui brillaient comme des étoiles. (…) Louise était une très bonne élève, en particulier en mathématiques où elle venait au secours de ses compagnes moins douées. Pendant les vacances 1942, nous avons correspondu souvent. Je lui envoyais des colis de ravitaillement depuis notre zone, moins défavorisée que la zone occupée", raconte-t-elle. "Un matin dont je ne sais plus la date je fus abordée en partant pour le lycée, par ma concierge qui me remit un cartable contenant des livres. On venait de lui apporter avec un mot (…). Louise était venue travailler chez moi la veille. Le signal d’alerte s’était fait entendre et je lui avais offert de la garder à coucher. Mais elle avait voulu rentrer pour rejoindre sa famille…et partir vers la mort. 

Pour consulter le site, Si je reviens un jour…, cliquez ici


Anne-Marie Malingrey, est décédée en 2004, à l’âge de 98 ans. Avant de mourir, elle a confié une photo de Louise au Mémorial de la Shoah.
Les membres de la famille Pikovsky figurent sur le site du Mémorial de la Shoah. Abraham, le père, Barbe Brunette, la mère, ainsi que les quatre enfants (Louise, Annette, Lucie et Jean) ont tous été déportés le 3 février 1944. Ils font partie du convoi n°67 au départ de Drancy, l’un des derniers en partance pour Auschwitz.


Un entretien avec Stéphanie Trouillard 
publié dans Historia


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Stéphanie Trouillard, journaliste de France 24, est l’auteur, avec Khalida Hatchy, professeure au Lycée La Fontaine, du  webdoc qui reconstitue l’histoire de Louise Pikovsky et lui rend hommage :

Historia - Comment vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?
Stéphanie Trouillard - Khalida Hatchy qui a récupéré les lettres de Louis Pikovsky au CDI du lycée La-Fontaine m’a contactée car je travaille beaucoup sur la Seconde Guerre mondiale, afin que je l’aide dans ses recherches.

H- Qu’avez-vous ressenti en lisant ces lettres ?

S.T.- J’ai été très frappée par leur qualité. Elles ont été écrites en 1942 par une jeune fille de 14 ans qui, non seulement écrit très bien, mais se révèle d’une grande maturité. Cela m’a fascinée et intriguée et j’ai tout de suite voulu en savoir plus.  Qui était Louise Pikovsky ?  Pourquoi, si jeune, avait-elle entamé une correspondance avec sa professeure de latin-grec ? Tout cela n’est pas banal !

H – Combien de temps avez-vous mis pour réaliser ce webdoc ?

S.T.- Un an, puisque nous avons commencé en mars 2016. La vidéo qui figure dans le webdoc a été diffusée dans l’émission Reporter sur France 24. Cela n’était pas prévu au départ, mais l'antenne TV s’y est intéressée aussi. La version web est en 3 langues (français, anglais et arabe).

H – Avez-vous eu des moments de découragement pendant ce long travail de mémoire ?

S.T.- En fait, nous avons eu beaucoup de chance dans nos recherches. Tout d’abord, nous avions dès le départ une documentation importante avec les lettres, les photos et les livrets de prix de Louise Pikovsky. C’est comme si l’on nous avait confié ces documents pour entamer une enquête dans le passé. Nous avons rapidement retrouvé des cousines de Louise Pikovsky et sommes allées à Jérusalem pour leur faire lire les lettres. L’une d’entre elles nous a montré une photo de Louise et cela a été un moment extraordinaire ! Nous avons également interviewé l’une de ses camarades de classe.
Nous avions la volonté de respecter la mémoire de Louise, cette jeune fille hors du commun qui aurait pu réaliser de grandes choses, qui a été arrêtée, déportée et a sans doute pris conscience de ce qui l’attendait. Lorsqu’elle écrit « Si je reviens un jour », c’est qu’elle a compris qu’elle ne reviendra pas. De plus, elle a fait remettre à sa professeure, les affaires auxquelles elle tenait le plus. En revanche, il a été beaucoup plus compliqué de trouver les autres jeunes filles déportées du lycée.  

H – C’est un deuxième volet imprévu de votre enquête ?

S.T.- Oui d’autant plus que le lycée La-Fontaine était, jusqu’à présent, l’un des rares établissements parisiens où il n’y avait pas de plaque rappelant les noms des jeunes filles qui y ont été arrêtées et déportées. Finalement, Louise nous a conduit aussi sur les traces de ses camarades. Cela a été également très intéressant car nous avons travaillé avec les élèves sur ce projet à partir de documents d’archives. Elles se sont tout de suite identifiées avec ces jeunes filles. Nous avons beaucoup de retours de professeurs qui souhaitent voir le webdoc avec leurs élèves et en parler en classe.
  
Propos recueillis par Véronique Dumas 



Propos recueillis par Véronique Dumas

Source, Historia, cliquez ici 




Document France 24

Sur les traces de Louise Pikovsky, document France 24 




Pour voir le documentaire réalisé 
par Stéphanie Trouillard, cliquez ici


Texte et mise en page: ©Jacques Lefebvre-Linetzky


dimanche 28 mai 2017

SAINT-ALBAN-SUR-LIMAGNOLE, UN HÔPITAL PSYCHIATRIQUE À LA POINTE DE TOUS LES COMBATS



Saint-Alban-sur-Limagnole, Image empruntée ici

C’est un petit village en Haute-Lozère situé non loin de Mende. Il connut un destin tout à fait exceptionnel durant la Seconde Guerre mondiale en raison de son hôpital psychiatrique. Cet hôpital fut un laboratoire où de nouvelles méthodes furent expérimentées, ce fut aussi un refuge pour les Résistants et les Juifs et enfin, un lieu de foisonnement artistique.



L'hôpital psychiatrique de Saint-Alban, image empruntée ici

De nouvelles méthodes

En 1936, le psychiatre lyonnais, Paul Balvet, prend la direction de l’établissement et introduit des réformes pour traiter les malades de manière plus digne. Paul Balvet est en faveur d’une thérapeutique plus engagée à l’hôpital psychiatrique. Il veut donner plus d’autonomie aux malades et considère que l’hôpital psychiatrique doit être un espace d’échanges et d’ouverture. Il jette les fondements de l’ergothérapie qui consiste à donner aux malades un travail rémunéré. 
En 1942, il crée le Club, qui ensuite deviendra la « société du Gévaudan », dont l’objectif est d’organiser la vie des patients à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement. Les relations entre les patients et les soignants sont totalement transformées grâce à ces nouvelles méthodes. Cette approche novatrice deviendra la « Psychothérapie institutionnelle ». Cette révolution sera poursuivie et même amplifiée par François Tosquelles et Lucien Bonnafé, psychiatres et communistes convaincus.

samedi 20 mai 2017

BARBARA CHANTE À GÖTTINGEN

"Le chant jailli, dans un déchirement 
de la pensée inspiratrice"
Stéphane Mallarmé



Barbara en 1968 lors de l'enregistrement de l'émission télévisée, Discorama
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Barbara, une voix de cristal, des textes écorchés

Toutes les chansons de Barbara comptent et elles font vibrer nos émotions, nos souvenirs, nos joies et nos angoisses. Elle n’est plus, mais elle là, au creux de nos songes.

Ses chansons donnent vie et corps au mal de vivre, c’est presque rien et c’est beaucoup, c’est inestimable. Sa voix est unique et son style n’appartient qu’à elle.  Barbara est à la fois forte et fragile – c’est sa fragilité qui la rend forte. Elle nous effleure au plus profond. Comment vivre sans écouter Barbara ? Elle était mystérieuse et rayonnante. Elle s’est façonnée, transformée en longue dame brune. Elle aimait séduire. Dans les années 1960, on ne savait rien ou presque de sa judéité, elle ne l’affichait pas, elle était Barbara et on l’aimait.



Barbara en 1968 lors de l'enregistrement de l'émission télévisée, Discorama
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Son vrai nom c’est Monique Serf, et elle est née le 9 juin 1930 à Paris. Elle n’a pas pioché son prénom dans la poésie de Prévert. Il s’agit en fait du prénom de sa grand-mère russe Varvara. Sa famille venait de Russie pour échapper aux pogromes. Sous l’Occupation, elle vit une vie d’errance pour échapper à la traque de nazis. Elle sera souvent séparée de ses parents. Son père abuse d’elle, elle reste murée dans sa solitude, le calvaire durera longtemps, trop longtemps. Elle sait qu’elle sera chanteuse et rien d’autre. Plus tard, elle écrira et composera ses propres chansons. Elle suit des cours de piano et de chant au Conservatoire de Paris, mais son rêve, c’est de devenir une chanteuse populaire. À 20 ans, elle tente sa chance à Bruxelles où elle fait ses premières armes dans des conditions difficiles. À son retour à Paris, elle est engagée au cabaret de l’Écluse. Elle y restera 6 ans et chantera Brassens, Léo Ferré,  Pierre Mac Orlan.



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Dans les années 60, Barbara devient Barbara. Sa voix de cristal, ses textes écorchés, promènent une mélancolie singulière et envoutante. Elle se produit à Bobino signe des chansons magnifiques : Dis, quand reviendras-tu ? Le Mal de vivre, Pierre, Si la photo est bonne, À mourir pour mourir, Une petite cantate. Elle obtient le grand prix du disque de la chanson française en 1965 pour son disque, Barbara chante Barbara surnommé l’Album à la rose, sorti l’année précédente.

En 1964, elle est invitée à Göttingen et compose la chanson qui porte le nom de cette ville.

À Göttingen


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Göttingen se trouve en Basse-Saxe, à mi chemin entre Bonn et Berlin. C’est un important centre universitaire – on y compte environ 26 000 étudiants et 2500 enseignants.

Barbara consacre quelques pages à cette chanson, désormais mythique, dans ses Mémoires interrompus.

« Début 1964, Gunther Klein, jeune directeur du Jungen Theater de Göttingen, vient à l’Écluse m’engager. Je refuse. Pas question d’aller en Allemagne.
Gunther insiste, décrit son théâtre de cent places, parle des étudiants.
-       Mais qui me connaît à Göttingen ?
-       Les étudiants vous connaissent !
-       Je ne souhaite pas aller en Allemagne.
-       Je demande néanmoins à réfléchir jusqu’au lendemain.
            Le lendemain, je décide brusquement de dire oui à Gunther, à la seule condition de pouvoir disposer d’un piano demi-queue noir.
            Gunther accepte ; ce sera en juillet. (…)
Je pars donc pour Göttingen en ce mois de juillet 1964. Seule et déjà en colère d’avoir accepté de chanter en Allemagne. Gunther m’attend à la descente du train. (…) Je le prie de me conduire au théâtre. Je ferme les yeux ; je ne veux rien regarder. Je le prie de me montrer tout de suite la scène où je dois me produire le soir même. (…) Un énorme vieux piano droit orné de deux chandeliers d’argent trône sur la petite scène du Jungen Theater. (…) Je lui déclare qu’il m’est impossible de chanter en m’accompagnant sur ce piano -là. (…)
Gunther me regarde et il me semble que je le vois fondre petit à petit. Il s’assied près de moi et m’explique qu’il y a à Göttingen une grève des déménageurs de pianos depuis la veille au soir. (…)
Gunther disparaît brusquement et revient avec dix étudiants joyeux parlant fort bien le français. L’un d’eux connaît une vieille dame qui, selon lui,  accepterait de prêter son piano de concert. Les dix garçons proposent de le transbahuter. (…)
À vingt-deux heures, porté par dix gaillards blonds, un piano de concert noir fait son entrée sur la petite scène du Jungen Theater. (…) La soirée est magnifique. Gunther prolonge mon contrat de huit jours.
C’est dans le petit jardin contigu au théâtre que j’ai gribouillé Göttingen, le dernier après-midi de mon séjour. (…) Le dernier soir, tout en m’excusant, j’en ai lu et chanté les paroles sur une musique inachevée. (…)
Je dois donc cette chanson à l’instance têtue de Gunther Klein, à dix étudiants, à une vieille dame compatissante, à la blondeur des petits enfants de Göttingen,à un profond désir de réconciliation, mais non d’oubli. Comme toujours je dois aussi cette chanson au public, en l’occurrence le merveilleux public du Jungen Theater.

Barbara, Il était un piano noir… mémoires interrompus…, Fayard, 1988 et 2002, pp, 122-128.




Le texte

Bien sûr, ce n'est pas la Seine,
Ce n'est pas le bois de Vincennes,
Mais c'est bien joli tout de même,
À Göttingen, à Göttingen.

Pas de quais et pas de rengaines
Qui se lamentent et qui se traînent,
Mais l'amour y fleurit quand même,
À Göttingen, à Göttingen.

Ils savent mieux que nous, je pense,
L'histoire de nos rois de France,
Herman, Peter, Helga et Hans,
À Göttingen.

Et que personne ne s'offense,
Mais les contes de notre enfance,
"Il était une fois" commence
À Göttingen.

Bien sûr nous, nous avons la Seine
Et puis notre bois de Vincennes,
Mais Dieu que les roses sont belles
À Göttingen, à Göttingen.

Nous, nous avons nos matins blêmes
Et l'âme grise de Verlaine,
Eux c'est la mélancolie même,
À Göttingen, à Göttingen.

Quand ils ne savent rien nous dire,
Ils restent là à nous sourire
Mais nous les comprenons quand même,
Les enfants blonds de Göttingen.

Et tant pis pour ceux qui s'étonnent
Et que les autres me pardonnent,
Mais les enfants ce sont les mêmes,
À Paris ou à Göttingen.

Oh faites que jamais ne revienne
Le temps du sang et de la haine
Car il y a des gens que j'aime,
À Göttingen, à Göttingen.

Et lorsque sonnerait l'alarme,
S'il fallait reprendre les armes,
Mon cœur verserait une larme
Pour Göttingen, pour Göttingen.

Mais c'est bien joli tout de même,
À Göttingen, à Göttingen.

Et lorsque sonnerait l'alarme,
S'il fallait reprendre les armes,
Mon cœur verserait une larme
Pour Göttingen, pour Göttingen.


Pour écouter Barbara, cliquez ici


Le rapprochement entre la France et l’Allemagne

Le 9 septembre 1962, le général de Gaulle s’exprime devant la jeunesse allemande à Ludwigsburg. Ce discours fut, à l’origine, donné en allemand. 

« Quant à vous, je vous félicite ! Je vous félicite, d'abord, d'être jeunes. II n'est que de voir cette flamme dans vos yeux, d'entendre la vigueur de vos témoignages, de discerner ce que chacun de vous recèle d'ardeur personnelle et ce que votre ensemble représente d'essor collectif, pour savoir que, devant votre élan, la vie n'a qu'à bien se tenir et que l'avenir est à vous. Je vous félicite, ensuite, d'être de jeunes Allemands, c'est-à-dire les enfants d'un grand peuple.

Oui ! D'un grand peuple ! qui parfois, au cours de son Histoire, a commis de grandes fautes et causé de grands malheurs condamnables et condamnés. Mais qui, d'autre part, répandit de par le monde des vagues fécondes de pensée, de science, d'art, de philosophie, enrichit l'univers des produits innombrables de son invention, de sa technique et de son travail, déploya dans les couvres de la paix et dans les épreuves de la guerre des trésors de courage, de discipline, d'organisation. Sachez que le peuple français n'hésite pas à le reconnaître, lui qui sait ce que c'est qu'entreprendre, faire effort, donner et souffrir. Je vous félicite enfin d'être des jeunes de ce temps. Au moment même où débute votre activité, notre espèce commence une vie nouvelle. »

Le 22 janvier 1963, le président français Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, signent au palais de l’Élysée, un traité bilatéral solennel renforçant les liens entre les deux pays en matière de sécurité et de diplomatie.
Connu sous le nom de Traité de l’Élysée, ce traité marque le début de l’amitié franco-allemande.

En 1988, Barbara a reçu la Médaille d’honneur de la ville de Göttingen et l'Ordre du Mérite fédéral. En 1992, à la veille d'un référendum, le Président de la République française, François Mitterrand, a choisi ce titre pour terminer un entretien télévisé. Depuis 2002, cette chanson est inscrite aux programmes officiels des classes de primaire.


Göttingen de la réticence à l’évidence
une analyse de Joël July



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"Les politiques se serviront de la chanson comme étendard promotionnel quand l’amitié franco-allemande deviendra dans les années 80 un sujet d’actualité avec le chancelier Kohl. Ainsi en 1988, François Mitterrand remit à Barbara La Légion d’Honneur en évoquant Göttingen lors de son discours ; d’ailleurs, en 1992, à la veille d’un référendum, le Président de la République choisit ce titre pour terminer un entretien télévisé. La version allemande figure en bonne place dans la compilation 1997 et Barbara reçu en 1998 la médaille d’honneur de la ville de Göttingen et l’ordre du mérite fédéral. En 2003, en France, la chanson fut reprise dans les écoles lors des commémorations du quarantième anniversaire du Traité de l’Élysée. (…) Aujourd’hui, on décrypte à l’évidence Göttingen comme un chant de réconciliation entre les peuples – d’autant qu’en 2003 le chancelier Schröder, commémorant le traité d’amitié franco-allemande de 1963, entonna les dernières strophes. À Göttingen, une « Barbarastrasse » a été inaugurée en 2002 dans le quartier de Geismar, pour rendre hommage à la chanteuse décorée de la Bundesverdienstkreuz, la plus haute distinction allemande."

Source : Joël July. Göttingen, de la réticence à l’évidence. Phaeton, L’Ire des marges, 2015, p. 231-241. <hal-01382627>

Pour lire l'intégralité de l'article de Joël July, cliquez ici
Le plus bel hommage


Il faut lire l’ouvrage de Jérôme Garcin, Barbara, claire de nuit. Il faut lire ce texte sublime, le relire et puis s’enivrer de la voix de Barbara.

« (…) Cette voix nous pénètre comme nulle autre, on dirait qu’elle nous vole notre intimité, nous prolonge, nous traduit et brise ce qui, en nous, résistait par bravade, par fierté, à l’aveu, à l’abandon et aux larmes. Écrire sur Barbara – elle nous le pardonnera -, c’est écrire sur nous.
L’on connaît ses chansons par cœur et pourtant, chaque fois, elles semblent répondre à ce que nous vivons d’inédit à l’instant précis où on les écoute. Les mêmes refrains, les mêmes paroles, les mêmes airs d’elle ont consacré avec la même intensité, des bonheurs différents, accompagné en terre, avec le même refrain, des morts successives. Et quand le disque s’éteint, quand le silence est rendu au silence du vent qui siffle, de la flambée qui crépite des souvenirs qu’on a réveillés, qu’elle a su déloger, la voix de Barbara continue de chanter. »


Barbara, claire de nuit, Jérôme Garcin, Folio, 2003, pp : 14 & 15.


Un entretien avec Barbara 
cliquez ici

Texte et mise en page, Jacques Lefebvre-Linetzky, ©2017