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mercredi 7 juin 2017

LES LETTRES DE LOUISE PIKOVSKY



Des bouteilles à la mer…




Bidon de lait utilisé par le groupe Oyneg Shabbos
Image empruntée ici

Il y a quelque chose de profondément émouvant à trouver par hasard des lettres dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Ce sont des messages venus d’un lointain passé qui, tout à coup, deviennent d’une actualité fébrile. Ces lettres sont des voix qui reprennent vie, des bouteilles à la mer. En 1946, dix boites métalliques contenant des milliers de documents ont été découvertes dans les ruines de Varsovie. Deux bidons de lait ont été déterrés dans la cave d’une maison en 1950. La vie quotidienne du ghetto de Varsovie était cachée là dans toute sa misère. L'historien Emmanuel Ringelblum et les membres de son groupe, Oyneg Shabbos, ont collecté toute sorte de documents qui nous permettent aujourd'hui de saisir la "réalité" de la vie dans le ghetto de Varsovie. 

Remonter le fil du temps



Image empruntée ici

C’est grâce à Khalida Hatchy, professeure-documentaliste au lycée Jean de La Fontaine, que les lettres de Louise Pikovsky sont remontées du passé et de l’oubli.

dimanche 28 mai 2017

SAINT-ALBAN-SUR-LIMAGNOLE, UN HÔPITAL PSYCHIATRIQUE À LA POINTE DE TOUS LES COMBATS



Saint-Alban-sur-Limagnole, Image empruntée ici

C’est un petit village en Haute-Lozère situé non loin de Mende. Il connut un destin tout à fait exceptionnel durant la Seconde Guerre mondiale en raison de son hôpital psychiatrique. Cet hôpital fut un laboratoire où de nouvelles méthodes furent expérimentées, ce fut aussi un refuge pour les Résistants et les Juifs et enfin, un lieu de foisonnement artistique.



L'hôpital psychiatrique de Saint-Alban, image empruntée ici

De nouvelles méthodes

En 1936, le psychiatre lyonnais, Paul Balvet, prend la direction de l’établissement et introduit des réformes pour traiter les malades de manière plus digne. Paul Balvet est en faveur d’une thérapeutique plus engagée à l’hôpital psychiatrique. Il veut donner plus d’autonomie aux malades et considère que l’hôpital psychiatrique doit être un espace d’échanges et d’ouverture. Il jette les fondements de l’ergothérapie qui consiste à donner aux malades un travail rémunéré. 
En 1942, il crée le Club, qui ensuite deviendra la « société du Gévaudan », dont l’objectif est d’organiser la vie des patients à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement. Les relations entre les patients et les soignants sont totalement transformées grâce à ces nouvelles méthodes. Cette approche novatrice deviendra la « Psychothérapie institutionnelle ». Cette révolution sera poursuivie et même amplifiée par François Tosquelles et Lucien Bonnafé, psychiatres et communistes convaincus.

samedi 20 mai 2017

BARBARA CHANTE À GÖTTINGEN

"Le chant jailli, dans un déchirement 
de la pensée inspiratrice"
Stéphane Mallarmé



Barbara en 1968 lors de l'enregistrement de l'émission télévisée, Discorama
Image empruntée ici

Barbara, une voix de cristal, des textes écorchés

Toutes les chansons de Barbara comptent et elles font vibrer nos émotions, nos souvenirs, nos joies et nos angoisses. Elle n’est plus, mais elle là, au creux de nos songes.

Ses chansons donnent vie et corps au mal de vivre, c’est presque rien et c’est beaucoup, c’est inestimable. Sa voix est unique et son style n’appartient qu’à elle.  Barbara est à la fois forte et fragile – c’est sa fragilité qui la rend forte. Elle nous effleure au plus profond. Comment vivre sans écouter Barbara ? Elle était mystérieuse et rayonnante. Elle s’est façonnée, transformée en longue dame brune. Elle aimait séduire. Dans les années 1960, on ne savait rien ou presque de sa judéité, elle ne l’affichait pas, elle était Barbara et on l’aimait.



Barbara en 1968 lors de l'enregistrement de l'émission télévisée, Discorama
Image empruntée ici

dimanche 14 mai 2017

GRANDIR EN ALLEMAGNE AU LENDEMAIN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE


Hans-Jürgen Schönhage
© Jacques Lefebvre-Linetzky

Le 9 mai dernier, j'ai reçu Hans Jürgen Schönhage à l'antenne de RCN 89.3 dans le cadre de l'émission de l'AMEJDAM, Au nom des enfants. Nous avions convenu avec Hans de parler de son enfance et de son adolescence dans l'Allemagne de l'après-guerre. 
Hans est un personnage chaleureux et attachant qui vit à Nice depuis quelques années et qui apprend le yiddish. Il s'exprime très bien en français avec juste une pointe d'accent qui me rappelle les intonations de ce formidable acteur qu'était Curd Jürgens. 

Voici l'essentiel de notre conversation: 

Présentation liminaire


Bielefeld
Image empruntée ici

"Je suis né le 3 avril 1941. J’ai grandi dans une ville industrielle, Bielefeld, c’est entre la Ruhr et Hanovre dans le Nord-Est de l’Allemagne et, au sortir du lycée, à l'âge de 19 ans, j’ai choisi la profession de professeur d’histoire et de français. J’ai étudié le français au lycée pendant 6 ans et j’ai continué après l’obtention de mon baccalauréat en 1961 –  Au lycée, j’ai fait 6 ans de français, 7 ans d’anglais et 9 ans de latin, une formation assez classique. J’avais dans ma classe le fils de notre proviseur et nous avions donc les meilleurs professeurs. 

mardi 2 mai 2017

YOM HASHOAH 2017


Cérémonie au cimetière israélite du Château à Nice,
 le 24 avril 2017

©Jacques Lefebvre-Linetzky

Ce fut une belle cérémonie, empreinte de gravité en ces temps tourmentés. Les discours furent sobres, fermes, à l’unisson : ne pas oublier, ne pas céder devant les assauts des extrêmes, lutter contre celles et ceux qui, sans vergogne, s’ingénient à réécrire l’histoire et souillent les valeurs de notre république. 

©Jacques Lefebvre-Linetzky

Jérôme Culioli, président du CRIF Sud-Est a rappelé l’absolue nécessité de ce combat de tous les jours. Il a inscrit cette commémoration dans l’action, la mémoire ne peut se vivre, selon lui, que dans l’action. M. Philippe Pradal, maire de Nice, a prononcé un discours admirable dont chaque mot vibrait d’une profonde humanité. Ces mots n’étaient pas vains, c’étaient ceux d’un homme sincère et déterminé. Martine Ouaknine, déléguée aux affaires juridiques, a également pris la parole, de même que Daniel Wancier, président du comité Yad Vashem, Nice. Ces voix parlaient toutes la même langue au service d’une mémoire en action. Douze élus étaient présents.

Martine Ouaknine et Daniel Wancier
©Jacques Lefebvre-Linetzky

Aux discours répondirent des chants, des prières, des noms lus parfois de manière maladroite. Et puis ces voix se turent pour laisser la place à la minute de silence. C’est toujours un moment très impressionnant où le temps semble s’arrêter, où chacun entend le souffle de l’autre, où les voix des orateurs sont encore présentes à nos oreilles, où le chant des oiseaux devient soudain perceptible et glorieux. Ce silence bruit de mille sons qui résonnent dans nos consciences.

Philippe Pradal et Maurice Niddam
©Jacques Lefebvre-Linetzky

mercredi 22 mars 2017

NOURRITURE RÊVÉE DANS LES CAMPS


La faim. Dessin de Henri Gayot. Source : Collection Hisler / Musée de Struthof
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On cherche, on lit, on écoute et l’on sait que l’on ne pourra jamais s’approcher de l’horreur que fut la « vie » dans les camps. Seuls les survivants connaissent le goût âcre de cette nuit insondable. Les mots se dérobent, ils sont de piètres béquilles, on est tenté de rester silencieux par respect, par humilité. Dans un avenir plus ou moins proche, il n’y aura plus de survivants parmi nous et il faudra continuer à transmettre, malgré tout, malgré notre incapacité ontologique.

Qui suis-je pour parler de la faim dans les camps ? J’ai bien conscience de la difficulté de l’entreprise. Il a quelque chose d’indécent à aborder pareil sujet, à le transformer en objet d’étude. Et pourtant, ces pauvres mots sont les seuls outils dont je dispose. Merci de votre compréhension.

lundi 13 mars 2017

REPRÉSENTER LA SHOAH PAR LA BANDE DESSINÉE



Shoah et bande dessinée


Le Mémorial de la Shoah propose une exposition 
consacrée à la Shoah vue par la bande dessinée,  
du jeudi 19 janvier au lundi 30 octobre 2017


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Extrait de la présentation

« La mémoire contemporaine réserve une place particulière à la Shoah, un événement sans précédent dans l’Histoire. Le propre de tout événement est d’être historicisé, médiatisé, bref de devenir sujet de fiction. Le génocide des Juifs d’Europe ne pouvait y échapper. Non sans prudence, erreurs et tâtonnements, parfois avec génie, la bande dessinée s’est donc emparée de la Shoah.
C’est ce parcours historique et artistique dans ce qu’il est convenu d’appeler le 9e art que vous invite à explorer l’exposition Shoah et bande dessinée, en interrogeant les sources visuelles de ces représentations, leur pertinence, leur portée et leurs limites.
Il appartenait logiquement au Mémorial de la Shoah de s’emparer du sujet, de s’interroger sur les tenants et les aboutissants de cet art, populaire s’il en est, et ce dans toute sa diversité, des comics à la bande dessinée franco-belge, des romans graphiques aux mangas. »

Des visites guidées sont organisées ainsi que des conférences aux angles surprenants et novateurs.  

Thèmes abordés en janvier et février 2017

Le roman graphique : lieu privilégié du discours mémoriel ?  (19 janvier 2017)
Pourquoi les super-héros n’ont-ils pas libéré Auschwitz ?  (22 janvier 2017)
Les mangakas japonais et l’histoire de la Shoah (22 janvier 2017). 
« Art mineur » et questions majeures (05 février 2017). 

Pour consulter le site de l'exposition, cliquez ici


Une série de films d’animation et une bande dessinée


Rescapés de la Shoah (Zane Wittingham et Ryan Jones, Flammarion, 2017) est une bande dessinée traduite de l’anglais et adaptée d’une série de films d’animation produite par les studios d’animation, Fettle.



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La série s’intitule, Children of the Holocaust. Elle a été coproduite avec BBC Learning dans un but pédagogique à l’occasion du 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.  Six films d’environ cinq minutes ont été réalisés et sont suivis, pour chaque film, d’une interview de deux minutes. Cette série rassemble les témoignages de six rescapés : Heinz, Trude, Ruth, Martin, Suzanne et Arek. Tous habitent la région de Leeds. Chaque épisode relate des événements marquants tels que, entre autres,  la Nuit de Cristalle Kindertransport, le quotidien à Auschwitz vu par un adolescent, le destin d’une enfant cachée. Le point de vue privilégié est celui de l’enfant. 



Children of the Holocaust, image empruntée ici

Les studios d’animation Fettle ont leur siège à Marsden dans le Yorkshire, au nord-ouest de l’Angleterre. Ils ont été créés par Kath Shackelton et Zane Whittingham qui travaille dans l’animation depuis plus de 25 ans. Les six films ont obtenu de nombreuses récompenses (BAFTA, - British Academy of Film and Television Arts ).



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Pour découvrir la  bande annonce de la série, cliquez ici

Sensibiliser les enfants grâce à l’animation

Le recours à l’animation permet de rapprocher les enfants au destin particulièrement tragique des témoins. Ce sont des enfants qui sont représentés, ils n’ont donc aucun mal à s’identifier au narrateur. À la suite du film, ils découvrent le visage du témoin (tous ont entre 80 et 90 ans) et à ce moment-là, ils sont prêts à écouter quelqu’un de plus âgé. L’animation met l’horreur à distance tout en la rendant palpable et crédible pour des enfants. 




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Ces films ne sont pas encore disponibles en France, mais la bande dessinée qui vient d'être publiée rend compte de la qualité graphique de ce projet. La traduction en français est de Faustina Fiore. 

La bande dessinée reprend le dispositif des films d’animation. L’avant-propos écrit par Lilian Black définit parfaitement le contenu de cet ouvrage.

«  Chacune des histoires de ce livre est un compte rendu fidèle de ce qui est arrivé à six jeunes gens, il y a plus de soixante-dix ans. Heinz, Trude, Ruth, Martin, Suzanne et Arek vivaient chez eux, avec leurs familles. Ils allaient à l’école, avaient des amis, des activités, des projets d’avenir. Et puis un jour, leur vie a changé pour toujours. Ils n’avaient rien fait de mal. Ils étaient simplement nés dans des familles juives et ils furent persécutés pour cette seule et unique raison : ils étaient juifs. »

 Une grande rigueur esthétique

Chaque histoire est racontée à la première personne et le traitement des couleurs varie en fonction des récits. Ainsi, les trois couleurs dominantes de la Nuit de Cristal sont le rouge, le noir et le jaune. Les couleurs choisies pour la représentation d’Auschwitz sont des nuances de bleu sombre, des bruns et des beiges. Le graphisme et simple, net, sans fioritures. 

La couverture



Image empruntée ici

C’est en fait l’image qui ouvre l’album avec le témoignage de Heinz. Le rouge domine – le sang, la peur, la violence, la mort sont ainsi suggérés. Heinz est au centre de l’image – il porte des lunettes et on ne voit pas son regard. Il pourrait être n’importe quel enfant, cela facilite l’identification. Derrière lui, une série de maisons et trois synagogues sont la proie des flammes (noir, jaune et rouge). Sur le fond rouge, des éclats blancs signifient que des vitrines ont été brisées durant cette folle nuit. L’enfant est pris au piège, il est une victime emblématique. Sur la gauche de l’image, les visages apeurés des Juifs persécutés et, en face, quatre soldats nazis, arme à la main et visage déformé par la haine, mettent l’enfant et les habitants en joue. Le dispositif graphique et à la fois simple, rigoureux et efficace. L’image est reprise dans des tons d’ocre et de bruns en ouverture du témoignage de Heinz. 



Image empruntée ici

La représentation d’Auschwitz

Comment représenter l’horreur d’Auschwitz ? Comment faire pour suggérer l’insupportable ? Comment choisir les mots justes ? Peut-on tout montrer ? Que peut-on montrer. Peut-on se contenter de suggérer ? La représentation d’Auschwitz pose mille questions. 

Les choix graphiques et chromatiques sont parfaits. De simples volutes échappées du pommeau d’une douche suggèrent les chambres à gaz ; le rouge est exclu des flammes qui dansent en un ballet noir et beige sur un fond gris. Le quotidien est restitué avec un sens synthétique particulièrement fort. Les châlits sont « habités » par des têtes (toutes identiques) – trois couchages superposés et dix hommes par étage. Des gros plans font irruption (le bras tatoué d’Arek – B 7608). L’un des images les plus touchantes est celle qui représente la famille d’Arek décimée par les nazis. Il s’agit d’un arbre sur lequel figurent les visages des membres de sa famille (81 en tout). L’arbre renvoie bien sûr à l’arbre généalogique. 

Les témoins

À la fin de l’ouvrage, on découvre le vrai visage des témoins ainsi que le résumé de ce qui leur est arrivé par la suite. 
Chaque témoin est un exemple pour des enfants – réussite dans les études, investissement dans la transmission de la Shoah. 

Le glossaire

Les dernières pages sont consacrées à un glossaire. Cela permet de fixer les épisodes et de prolonger la discussion avec les enfants.


La fabrication mémorielle de l'imaginaire historique

"À l'exception du cinéma et de la télévision, aucun autre médium ne me semble participer autant à la fabrication mémorielle de l'imaginaire historique. L'impact de la bande dessinée sur la formation de l'opinion de l'enfant est plus important qu'on ne l'imagine de prime abord et ce, dans la mesure où ce qui est acquis durant la socialisation primaire subit généralement peu de bouleversement. C'est, en effet vers 11-12 ans, que se situe la phase la plus importante pour la socialisation politique. 
Le jeune lecteur amasse au fil de ses lectures des bribes d'information qui participeront à l'élaboration de sa culture politique première. Quand bien même il ne saisit pas toutes les implications historiques de l'histoire qu'il est en train de lire (prenons l'exemple de Tintin au Congo), la BD participe de fait à la construction de sa vision du monde. En offrant des récits perçus, à tort ou à raison, comme exemplaires, le bédéiste en vient ainsi à créer, qu'il le vieille ou non, une source historique, en concurrence directe avec les manuels d'histoire. Ce simple fait impose à l'historien de ne pas se désintéresser de l'étude du Neuvième Art." 
Joël Kotek

Source, cliquez ici

Joël Kotek est historien, professeur à l'Université Libre de Bruxelles et enseignant à Sciences Po Paris. Il est l'un des commissaires de l'exposition, Shoah et Bande Dessinée


Texte et mise en page : Jacques Lefebvre-Linetzky