Ceci est notre logo

Ceci est notre logo

lundi 14 novembre 2016

HOMMAGE À REBECCA MARASCHEK


REBECCA MARASCHEK
A Yiddishe Mame

 
Photo © Catherine DELBOSC.


Une enfance fracassée par la guerre

Rebecca est née le 29 avril 1936 à Paris dans le 4ème arrondissement. Elle a été confrontée très jeune à la violence, à l’horreur, à la délation qui a provoqué l’internement de toute sa famille, en 1941, dans le camp de Drancy.

Maurice Behar, le père de Rebecca, est né à Constantinople en Turquie, le 3 avril 1906. La Turquie était alors alliée de l’Allemagne nazie* et Alois Brunner, qui dirigeait le camp de Drancy, a été contraint de libérer Maurice, son épouse Charlotte et ses deux enfants.

Cet épisode de sa vie avait tellement marqué Rebecca que son émotion était encore intense quand elle l’évoquait, d’autant plus qu’elle en portait une cicatrice dans sa chair : avant de les libérer, Aloïs Brunner, furieux de voir une famille juive lui échapper, a pris un malin plaisir à enfoncer le bout de son cigare incandescent dans le dos de la gracieuse petite fille,  provoquant une marque indélébile. Elle était très discrète sur ce passé douloureux.

 
Rebecca enfant
Photo ©Véronique Antuofermo
Après cette libération providentielle, la famille a quitté Paris, franchi la ligne de démarcation pour venir se réfugier dans le sud de la France, à Nice alors sous occupation italienne. Maurice Behar, engagé dans la Résistance, a été dénoncé ; il a été arrêté en novembre 1943 à Nice, envoyé à Drancy et déporté par le convoi 73, laissant sa femme et ses deux enfants dans un complet désarroi. 


 
Maurice Behar Nice 1943
Photo ©Véronique Antuofermo

Elle raconte : Après l’arrestation de mon père, fin 1943, ma mère, prise de panique, emmène mon frère et moi nous cacher dans des rochers pendant trois jours et trois nuits. Ce furent trois horribles jours, car mon frère et moi avions la coqueluche et ma mère se trouvait démunie de tout pour nous soigner.

De retour à Nice,  Rebecca a été accueillie un temps par le réseau Marcel. Elle a été scolarisée à l’Ecole St Pierre d’Arène.


  
École Saint Pierre d’Arène, année scolaire 1942-1943
Rebecca est la 2ème au dernier rang à droite (photo Rebecca)

« Mais je tiens à souligner que cette dernière année de guerre fut terrible, car nous vivions constamment dans la peur de nous faire arrêter. Nous étions obligés de ne pas sortir et de vivre avec les volets clos. De plus, les Italiens qui nous logeaient étaient tailleurs, et ils habillaient la Gestapo. Comme les séances d’essayages se déroulaient deux fois par semaine, ma mère et ma tante devaient bâillonner les enfants pour éviter tout soupçon ».

Rebecca avait alors 6 ans, Jeanine, la fille de ses sauveteurs en avait le double... elle n’a jamais oublié la famille qui les avais sauvés, elle, sa maman et son petit frère. Marie Massa, la maman de Jeanine, avait accueilli la mère et ses deux enfants, faisant jurer à sa fille de ne jamais parler de ceux qui étaient cachés au premier étage de la maison... 

Et puis la guerre a pris fin. Rebecca a grandi, s’est mariée, elle a eu trois enfants : Véronique, Corinne et Marc, puis plus tard Mickaël. Sa fille Véronique lui a donné trois petits-enfants : des jumelles Jessica et Melina, et un garçon Emmanuel.

 
 Rebecca et ses petits-enfants Emmanuel, Jessica, Mélina
Photo ©Véronique Antuofermo
Mickael a eu une fille, Amélie. Ses petits-enfants ont fait le bonheur de  Rebecca.    

Retour à Nice


À la mort de son mari, Rebecca a quitté Metz et s’est installée à Nice.
Lucienne Lebitoux raconte : 

« Rebecca rejoignit  sans attendre notre section Chochana à la WIZO qui fut  sa seconde famille, et nous étions heureuses de partager son engagement pour Israël.
Durant toutes ces longues années, elle n'a jamais cessé  de participer avec obstination à toutes nos manifestations. Elle s'est montrée très généreuse en faisant plusieurs fois des dons à la WIZO. »
Enfant cachée, fille de déportée, Rebecca faisait partie de l’Association créée par Serge et Beate Klarsfeld : les FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France.) En septembre 2003, Serge Klarsfeld a organisé à la Gare SNCF de Nice, une exposition de photos des enfants déportés des Alpes-Maritimes ; il m’a demandée de contacter Rebecca, qui venait  de s’installer à Nice et c’est grâce à lui que nous avons fait connaissance. Nous avons tout de suite sympathisé et elle est devenue une amie très proche.

Lorsque nous avons créé l’AMEJDAM, Rebecca nous a rejoints spontanément. Elle a témoigné devant de nombreux enfants et la cérémonie qui l’a émue au plus haut point a été celle de l’école Saint-Pierre d’Arène où elle avait été scolarisée.

Le 13 novembre 2007, lors du dévoilement des plaques portant les noms de cinq élèves déportés sans retour, elle a raconté aux élèves le récit de son enfance fracassée par la guerre.  Moment d’intense émotion partagée par les enfants médusés, les officiels et le public attentifs**.
  

  
Rebecca, Ecole Saint Pierre d’Arène, Nice
Photo ©William Zekri


La reconnaissance

Rebecca voulait rendre hommage à ceux qui avaient risqué leur vie pour sauver la sienne, elle les a retrouvés et a voulu les faire nommer Justes parmi les Nations. Elle a commencé à les chercher pour leur dire sa reconnaissance. En juin 2013, grâce à un appel lancé dans Nice-Matin, elle a retrouvé leurs traces, à Saint Sylvestre. Elle a rencontré Jeannine, sa compagne de jeux. Ensemble, elles ont évoqué la guerre, leur enfance, les personnes aimées et disparues ; elles ont renoué le fil de l'histoire douloureuse qui a lié leurs destins.
« Ça fait du bien que des gens en parlent. Mais avec l’âge, parfois, je n’ai plus envie d’en entendre parler. Et en même temps, je veux que ça se sache… Parce que c’est l’Histoire et qu’il ne faut pas oublier. »
 La transmission de la mémoire

Les dernières années, Rebecca Maraschek a partagé la vie d’un ancien déporté, Charles Gottlieb, Charly, comme elle l’appelait affectueusement. Elle-même ayant eu à souffrir de la Shoah, elle partageait avec lui une expérience, une douleur, mais aussi un combat pour la transmission de la Shoah.  

  
Yom Hashoah 2012
Charly et Rebecca, son fils Mikaël et Céline, et sa petite-fille, Amélie
Photo ©Michèle Merowka

Toujours présents, l’un et l’autre aux cérémonies de commémoration, Rebecca Maraschek évoquait les sept voyages à Auschwitz où elle a accompagné Charly. Elle admirait la force de son compagnon qui répondait toujours présent lorsqu’il s’agissait de parler aux élèves, de les accompagner à Auschwitz, d’essayer de leur faire comprendre ce que les déportés avaient vécu, l’horreur au quotidien et la mort qui rôdait. Il disait à Rebecca qu’il ne pourrait jamais tout raconter, car il y avait cette part « d’indicible » évoqué par Primo Levi. 

 
18 décembre 2010, Mairie de Nice
Charles Gottlieb, Officier de la Légion d’Honneur
Photo © Michèle Merowka

Rebecca était aussi présente aux côtés de Charles lors des cérémonies d’hommage que le Maire de Nice a rendu à ce témoin exceptionnel : Palmes académiques, le 10 décembre 2010, Citoyen d'Honneur de la Ville de Nice, le 15 décembre 2014. 

Elle l’a accompagné jusqu’au bout, dans le combat qu’il a mené en vain contre la maladie. Lui, le résistant français, le déporté juif, s’est éteint le 8 mai 2015.  
À ses côtés, elle a eu à mener le même combat qu’elle elle espérait tant avoir gagné. Entourée de ses amies, Rebecca a joyeusement fêté sa   rémission et son 80ème anniversaire, le 29 avril 2016.

Malgré les soins attentifs et la sollicitude de ses amies, elle a perdu cet ultime combat et c’est de retour à Metz, entourée de ses enfants et petits-enfants qu’elle est décédée le 27 septembre.  

 
 29 avril 2016 - 80 ans




Adieu Rebecca, nous ne t’oublierons jamais !


~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ 

Notes de fin de document : 

* Ceci est le récit qu'en faisait Rebecca, mais en fait, la Turquie était officiellement restée neutre pendant la Seconde Guerre mondiale.

** Enfants déportés de l’Ecole Saint Pierre d'Arène :

Lazare Claude AMAR, 10 ans, convoi 61
Janine CASSIN, 9 ans, convoi 62
Sonia HEILIKMAN, 13 ans, convoi 70
Marie HAJLIGMAN, 13 ans, convoi 70
Francis LEVIN, 9 ans, convoi 62


Texte : Michèle MEROWKA et Lucienne LEBITOUX
Mise en page : Cathie FIDLER






2 commentaires:

  1. Rappel et récit très émouvants. Non, ne désespérons pas de la mémoire humaine : c'est notre seul trésor.

    RépondreSupprimer
  2. Récit émouvant. Une personne très attachante. J'ai beaucoup d'admiration pour les gens qui, comme elle, ont su reconstruire leur vie et transmettre l'importance de ce lourd passé, qui ne doit pas être oublié. MC

    RépondreSupprimer