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jeudi 20 novembre 2014

L'ENFANT DU GHETTO DE VARSOVIE


Sur notre blog cette semaine, la transcription illustrée de notre émission de mardi dernier, que vous pouvez réécouter sur le site de Radio Chalom Nitsan, comme d'habitude. La voici :

J’ai choisi de décrire, de raconter et d’analyser une image à la radio à l’instar de Yoann Sfar qui, sur France Inter a su nous faire voir des images en écoutant son émission : Vous voyez le tableau. Voir ce site pour le découvrir. 


Photo prise ici 

samedi 8 novembre 2014

ENFANTS CACHÉS, ENFANTS SAUVÉS


DEUX ÉVÉNEMENTS MAJEURS ONT EU LIEU À NICE DANS LA MÊME SEMAINE. 

Le 4 novembre à 19 heures, et malgré les intempéries, L'AMEJDAM a consacré au Centre Jean Kling de Nice,  une soirée en mémoire du "réseau Marcel".  
En présence de deux autres "enfants" sauvées par ce réseau – Jeannette Wolgust, et Marthe Kuperminc – Andrée Poch-Karsenti, a évoqué en particulier le parcours d'une femme extraordinaire, qui aurait eu 100 ans cette année : Odette Rosenstock. 



Jeannette Wolgust et Marthe Kupermink,
toutes deux sauvées par le réseau Marcel, racontent sur RCN.


RAPPELONS ICI QUELQUES FAITS HISTORIQUES :

Le 8 septembre 1943, l’Italie signe l’armistice avec les alliés. Le 10 septembre, les nazis  occupent les territoires contrôlés précédemment par les italiens. Aloïs Brunner, lieutenant d’Eichmann, organise l’arrestation et la déportation des Juifs de Nice et de sa région.


(image prise sur ce site)



Odette Rosenstock-Abadi (1914-1999)
(image prise sur ce site)


samedi 1 novembre 2014

SOIRÉE EN L'HONNEUR DU RÉSEAU MARCEL



À vos agendas ! 


Odette Rosenstock

Le 4 novembre à 19h, l'AMEJDAM organise une soirée en l'honneur du Réseau Marcel : 
En présence de plusieurs enfants sauvées par ce réseau (Andrée Poch-Karsenti et Jeannette Wolgust qui interviendront dans la journée, Marthe Kuperminc et très certainement Rebecca Marasheck, qui ont également été sauvées par ce réseau) nous évoquerons une femme extraordinaire qui aurait eu 100 ans cette année : Odette Rosenstock.
(Entrée gratuite)

Notez également que, le jeudi 6 novembre, aura lieu une journée d'étude consacrée à la persécution des Juifs dans les Alpes Maritimes pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela se déroulera au Palais Préfectoral, 16, rue Alexandre Mari, à Nice. 
Voir les détails sur le site des Enfants et Amis Abadi.  

Sur notre blog, tous les compte-rendus et photos dès la semaine prochaine ! Faites passer l'info, et surtout venez-y en nombre ! 







mardi 21 octobre 2014

UN NOUVEAU MÉMORIAL POUR DES OUBLIÉS


Voici, pour ceux qui l'ont manquée, une partie du contenu (illustré) de l'émission Au nom des enfants du 21 octobre 2014. Son thème principal : les oubliés de la mémoire. 

Nous avons tous en tête des images du mémorial de l’Holocauste à Berlin, réalisé par Peter Eisenman
Il s’agit d’un immense champ de stèles rectangulaires, absolument identiques, 2711 au total…
Un nouveau mémorial vient d’être inauguré à Berlin, dédié aux personnes handicapées massacrées dans le plus grand secret par les nazis.
Plus de 300 000 personnes handicapées exterminées par les nazis…

mercredi 8 octobre 2014

ACTIVITÉS & HOMMAGE À CHARLOTTE SALOMON


Sur l'agenda de l'AMEJDAM il y a plusieurs dates que vous pouvez déjà noter :

– le 26 octobre, à 18 heures, au Centre Kling, à Nice :
Les femmes dans l’histoire de Nice et des Alpes-Maritimes, Simone Veil, Amélie Pollonais, Charlotte Salomon*.  

– le jeudi 6 novembre, au Palais Sarde : 
La persécution des Juifs dans les Alpes-Maritimes, 1940-1944, à l'initiative du Mémorial de la Shoah et de l'ONACVG, en partenariat avec la Préfecture des Alpes-Maritimes, le Conseil Général et la ville de Nice. 

Conférences : 
Serge Klarsfeld : la Shoah sur la Côte d’Azur.
Philippe Boukara : Honig et Salomon, des évadés d’Auschwitz témoignent.

Autres témoignages : 
Andrée Poch-Karsenti : Le Réseau Marcel, Odette et Moussa Abadi
Jeannette Wolgust : La vie d’une « enfant Abadi » de Paris à Nice.*
Roger Wolman : Itinéraire d’un enfant de la guerre : Paris, Nice, Izieu. 

La journée d’étude se terminera par une cérémonie au Monument aux Morts de Nice.

* Pour plus d'info, voir ici



~~~~~~~


De gauche à droite : 
Emanuel Segre-Amar,vice-président de la communauté juive de Turin, 
Claudia Bourdin & Michèle Merowka
(Photo et texte ©JL+L)


* Voici à présent une synthèse de l'entretien avec CLAUDIA BOURDIN, enregistré le 7 octobre pour notre rubrique "AU NOM DES ENFANTS" sur RCN



Collection Jewish Historical Museum, Amsterdam
© Charlotte Salomon Foundation
Charlotte Salomon®


Claudia Bourdin vit et travaille à Turin depuis 25 ans. Elle est présidente de l’association culturelle RECTOVERSO qui a pour objectif la diffusion de l’histoire et de la culture, en se servant particulièrement des arts comme « instruments » de support, notamment de l’œuvre Charlotte Salomon. Elle organise des colloques et intervient auprès des jeunes élèves afin de faire vivre l’œuvre de cette artiste unique.

Le 7 octobre 1943, c’était il y a 71 ans, Charlotte Salomon et son mari, Alexandre Nagler, font partie du convoi n°60. Elle est enceinte de 5 mois. Ils arrivent à Auschwitz le 10 octobre 1943. Elle meurt vraisemblablement  le jour même, son mari ne lui survit que de quelques mois. Ils ont été arrêtés par la Gestapo à Villefranche le 21 ou le 24 septembre 1943. De Nice, ils ont été transférés à Drancy, avant dernière étape de leur tragique voyage en direction d’Auschwitz.

C’est en juin 1943 qu’elle a épousé Alexandre Nagler à la mairie de Nice. Ils ont malheureusement fourni des documents officiels concernant leur nationalité et leur judéité. La Gestapo n’a eu aucun mal à les trouver.

Charlotte Salomon est née le 16 avril 1917. Son père, médecin et professeur d’Université, était parfaitement intégré dans la société allemande. Charlotte n’a que 9 ans lorsque sa mère meurt en 1926. Trois ans plus tard, son père s’est remarié avec une chanteuse lyrique, Paula Lindberg, née Levi. En septembre 1933, Charlotte quitte le lycée et s’inscrit à l’académie des Beaux-Arts de Berlin, mais, victime de l’antisémitisme, elle interrompt ses études. 

En 1939, après la Nuit de Cristal, elle quitte l’Allemagne et se rend à Villefranche chez ses grands-parents qui ont fui les nazis en 1934. En 1940, elle est internée avec son grand-père dans le camp de Gurs. Ils sont libérés quelques mois plus tard. En fait, sa grand-mère s’est suicidée en mars 1940 et c’est à cette occasion qu’elle apprend que sa propre mère s’est suicidée. Profondément troublée par cette malédiction qui touche les femmes de sa famille, prise dans la tourmente de la guerre et de l’antisémitisme, elle entreprend une œuvre picturale et autobiographique qu’elle intitule, Leben oder Theater ? : Ein Singspiel (Vie ou Théâtre ? : une pièce chantée). 
Entre 1940 et 1942, elle réalise une série de 1325 gouaches. 769 composeront un ensemble. Certaines, sur papier calque, accompagnent le dessin en superposition, sans attache sur la feuille dessinée. 

Elle y raconte des épisodes de sa vie, les drames familiaux, la montée du nazisme, la persécution des Juifs. Elle intègre des textes, des musiques dans des compositions où dominent les bleus, les jaunes et les rouges.



Collection Jewish Historical Museum, Amsterdam
© Charlotte Salomon Foundation
Charlotte Salomon®
Albert Salomon, le père de Charlotte ne découvre l’existence de cette œuvre unique qu’en 1947 lorsqu’il récupère une valise que Charlotte avait confiée au docteur Moridis, médecin de la famille. Albert Salomon en fait don au Musée historique juif d’Amsterdam.
En 2006, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme a présenté pour la première fois en France un ensemble de 274 gouaches issues de Vie ou Théâtre ? Un catalogue a également été édité comportant 784 gouaches et textes peints. 



Le catalogue précise que l'œuvre se compose de 1 325 gouaches et feuilles transparentes avec du texte, parmi lesquelles Charlotte a choisi 800 feuilles au format 32,5x25 cm qu'elle a numérotées. 

(Introduction de Edward van Voolen, du catalogue Charlotte Salomon/Prestel/Musée d'art et d'histoire du Judaisme- page 8.)












mercredi 24 septembre 2014

QUESTIONS DE MÉMOIRE

Certains d'entre nous n'ont guère le temps d'écouter la radio à toute heure. Le podcast de notre émission, AU NOM DES ENFANTS, est donc disponible sur le site de RCN. Sur ce blog, en prime, nous vous offrons la transcription de la chronique de Jacques Lefebvre-Linetzky, en date du 23 septembre 2014. 

Questions au pluriel et mémoire au singulier…

C’est ainsi que j’ai choisi d’intituler une série de chroniques en 
marge des comptes-rendus des activités de l’AMEJDAM. J’envisage d’explorer les champs de la mémoire dédiés aux enfants. J’aimerais faire surgir des visages, des noms, des voix, des témoignages, des interrogations. Je compte m’appuyer sur des textes fondateurs, des ouvrages d’historiens, des œuvres de fiction, des poèmes, des chansons, des films et même des photographies.  Tout cela, au gré de l’actualité, au gré de mes lectures et de mes découvertes.
Pour cette première chronique, il me paraît légitime de m’interroger sur la notion même de mémoire. Quelle est la substance de la mémoire ? Comment comprendre l’expression « devoir de mémoire », en quoi diffère-t-elle du « travail de mémoire » ?

L’expression « devoir de mémoire » implique une obligation morale, une nécessité morale de la transmission afin de lutter contre l’oubli. Nul n’ignore l’expression, « Plus jamais ça ».  Le « ça » désigne l’impossibilité de restituer la réalité de l’horreur. Le concept  du devoir de mémoire est empreint d’une charge émotionnelle forte. Relayé par l’institution, la nation, les instances éducatives, il prend un caractère obligatoire et signifie une officialisation de la mémoire qui risque, à terme, de se figer dans le temps. Annette Wierviorka marque bien la différence entre le travail du témoin et celui de l’historien. Le témoin témoigne, donne vie au passé ; l’historien cherche à comprendre, explique, creuse, entreprend un travail scientifique. Le témoin fonctionne le plus souvent dans le registre de l’émotion, l’historien se met à distance, utilise des outils pour construire une démonstration. « Il n’y a pas de mémoire sans travail historique préalable » affirme-t-elle. Il ne s’agit évidemment pas de minimiser le rôle du témoin, garant de la permanence du passé – Primo Levi est une référence en la matière. Il ou elle intervient pour dire, libérer la parole et susciter l’échange. Mais, à y bien réfléchir, le témoignage relève aussi du travail.

Témoigner, c’est d’abord un travail sur soi, un processus qui peut prendre des années. Combien de survivants de la Shoah sont restés silencieux avant de se décider à libérer leurs souvenirs ? C’est aussi un travail qui s’adresse à l’autre. Pourquoi témoigner, pour qui ? Ces témoignages s’adressent la plupart du temps aux enfants afin que le passé ne tombe pas dans l’oubli. Il faut transmettre tant qu’on peut le faire, il faut écouter les témoins parce qu’il sont encore là. Il faut engranger parce qu’un jour, il n’y aura plus de témoins de l’horreur. Faire remonter les souvenirs, revivre des images du passé, c’est la tâche que s’imposent les survivants et c’est un véritable travail, un âpre voyage à rebours. Au sein de ce terrible labeur, l’émotion survient, parfois à leur corps défendant. La parole se structure, s’organise dans un discours et il leur faut se montrer vigilants afin que cette parole garde son authenticité et ne soit pas formatée. Ainsi, il est essentiel que le témoin laisse le champ libre aux questions. Je me souviens de mon ami, Herman Idélovici qui invitait les élèves à le questionner, qui était même prêt à aborder des sujets qui relevaient de l’intime. C’était un moment de sidération totale lorsqu’il évoquait les toilettes dans les camps. Témoigner c’est ouvrir les yeux de l’autre, c’est faire surgir la « réalité » de la parole ainsi libérée. Dans cette entreprise périlleuse, le professeur est un accompagnateur, un rassembleur, un architecte de la mémoire. Le témoin apporte l’expérience brute, façonnée par l’acuité de ses souvenirs ; l’historien s’impose un « travail d’histoire ». Ainsi le travail du témoin doit être amplifié par celui de l’historien. Le témoin donne du relief à une époque, l’historien l’analyse. Il faut privilégier la mémoire au service de l’histoire.

Quelle place donner à l’œuvre entreprise par l’AMEJDAM ? Il y a bien sûr un devoir moral évident – redonner aux enfants disparus leur identité, fouiller les archives, retrouver des fratries, et apposer des plaques. C’est à la fois un devoir et un travail. Il faut solliciter les uns et les autres, convaincre, batailler pour que ces enfants sortent de l’oubli.

Les plaques renvoient au passé, mais elles se situent dans le présent et s’adressent à l’avenir. Elles invitent le passant à s’arrêter quelques instants, à mettre son quotidien entre parenthèses, à méditer sur l’âge des enfants et à se recueillir. Chaque plaque s’adresse au citoyen et l’implique personnellement l’espace de quelques minutes. Il ne s’agit pas d’une injonction, mais d’une méditation dont on peut espérer qu’elle le conduira à lire et à relire l’histoire.

En guise de conclusion, j’aimerais vous lire deux textes de Vladimir Jankélévitch issus d’un ouvrage intitulé L’Imprescriptible, publié à titre posthume en 1986 :


"Et ainsi quelque chose nous incombe. Ces innombrables morts, ces massacrés, ces torturés, ces piétinés, ces offensés sont notre affaire à nous. Qui en parlerait si nous n’en parlions pas ? Qui même y penserait ? Dans l’universelle amnistie morale depuis longtemps accordée aux assassins, les déportés, les fusillés, les massacrés n’ont plus que nous pour penser à eux. Si nous cessions d’y penser, nous achèverions de les exterminer, et ils seraient anéantis définitivement. Les morts dépendent entièrement de notre fidélité... Tel est le cas du passé en général : le passé a besoin qu’on l’aide, qu’on le rappelle aux oublieux, aux frivoles et aux indifférents, que nos célébrations le sauvent sans cesse du néant, ou du moins retardent le non-être auquel il est voué ; le passé a besoin qu’on se réunisse exprès pour le commémorer : car le passé a besoin de notre mémoire... [...]En évoquant les jours de la colère, de la calamité et de la tribulation, nous protestons contre l’œuvre exterminatrice et contre l’oubli qui compléterait, scellerait cette œuvre à jamais; nous protestons contre le lac obscur qui a englouti tant de vies précieuses.

Le sentiment que nous éprouvons ne s’appelle pas rancune, mais horreur : horreur insurmontable de ce qui est arrivé, horreur des fanatiques qui ont perpétré cette chose, des amorphes qui l’ont acceptée, et des indifférents qui l’ont déjà oubliée. Le voilà notre « ressentiment ». Car le « ressentiment » peut être aussi le sentiment renouvelé et intensément vécu de la chose inexpiable ; il proteste contre une amnistie morale qui n’est qu’une honteuse amnésie ; il entretient la flamme sacrée de l’inquiétude et de la fidélité aux choses invisibles. L’oubli serait ici une grave insulte à ceux qui sont morts dans les camps, et dont la cendre est mêlée pour toujours à la terre ; ce serait un manque de sérieux et de dignité, une honteuse frivolité. Oui, le souvenir de ce qui est arrivé est en nous indélébile, indélébile comme le tatouage que les rescapés des camps portent encore sur le bras. Chaque printemps les arbres fleurissent à Auschwitz, comme partout ; car l’herbe n’est pas dégoûtée de pousser dans ces campagnes maudites ; le printemps ne distingue pas entre nos jardins et ces lieux d’inexprimable misère. Aujourd’hui, quand les sophistes nous recommandent l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant les chiens de la haine ; nous penserons fortement à l’agonie des déportés sans sépulture et des petits enfants qui ne sont pas revenus. Car cette agonie durera jusqu’à la fin du monde."

Lire ICI la définition que donne "wikipedia" de "devoir de mémoire. 
Et pour écouter Vladimir Jankélévitch, c'est

Illustration musicale :