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jeudi 26 août 2021

LE 24 AOÛT À OPIO : MÉMOIRE ET HOMMAGE



Deux gerbes ont été déposées devant cette plaque, en mémoire des cinq membres de la famille Bocobza qui furent arrêtés à Opio en décembre 1943, puis déportés et assassinés dans les camps nazis. 


* * * * * 


Depuis 2019 L'AMEJDAM est conviée à assister à Opio à la cérémonie commémorant la libération du pays de Grasse, et à rendre hommage à ces cinq membres de la famille Bocobza.

Nous avons rendu compte en détail des précédentes cérémonies, que vous pourrez retrouver en cliquant sur ce lien qui renvoie au dernier billet sur le sujet. 

Cette année, nous avons bravé la pluie et l'orage, pour nous retrouver nombreux sur le rond-point de la Libération, afin de renouveler cet hommage, sous l'égide de M. Thierry Occelli, maire d'Opio. 




Michèle Merowka, notre présidente, a ouvert la cérémonie en remerciant de leur présence les participants et acteurs de cet événement si important :

"Monsieur Thierry OCCELLI, Maire d’Opio, cher ami, 

Madame Rachel HERCOUET, Membre du Conseil Municipal (Responsable de la Gestion des Ressources Humaines, Responsable Vie Associative & de la Gestion Administrative),


Monsieur Gérald LOMBARDO, Maire du Rouret, 


Monsieur François WYSZKOWSKI, Maire du Bar sur Loup,


Monsieur René TRASTOUR, Maire de Conségudes, 


Monsieur Serge ABIHSSIRA, représentant la communauté israélite de Nice, 


Monsieur Bernard BENATTAR, représentant le CRIF,


Le Colonel Gilles LÉCUYER, président des Anciens Combattants de Roquefort-les-Pins et du Rouret,


Monsieur Serge MARÇAL, Capitaine des Pompiers de Roquefort les Pins,


Mesdames et Messieurs les militaires, policiers, pompiers, porte-drapeaux, 


Chers amis, membres de l’AMEJDAM, Mesdames et Messieurs,


Aujourd’hui, nous sommes réunis pour la 3èmeannée consécutive pour honorer la mémoire de 5 membres de la famille Bocobza dont les noms figurent sur cette stèle, 5 hommes qui avaient trouvé refuge dans votre village mais qui ont été déportés sans retour

Permettez-moi de les nommer : 


BOCOBZA Edmond, 23 ans

BOCOBZA Jacques, 54 ans        

BOCOBZA Albert, 23 ans

BOCOBZA Georges, 17 ans

Assassinés à AUSCHWITZ le 12 mars 1944


BOCOBZA Albert, 29 ans

Mort le 22 février 1945 À BUCHENWALD

 

Je tiens à remercier Mr Ocelli, Maire d’Opio et l’équipe municipale  d’associer chaque année le souvenir des Juifs déportés à la commémoration de la Libération de Grasse et de ses environs, et je voudrais rappeler que, s’il y a eu des victimes, il y eut aussi des personnes sauvées grâce à l’aide qui leur a été apportée… 

 

Je passe la parole à Cathie Fidler qui a joué un rôle très important dans la recherche de l’histoire de ces 5 personnes et qui continue à  enquêter sur la vie de votre beau village. 

Chaque année, elle nous révèle d’autres précisions sur le comportement exemplaire de la plupart des habitants d’Opio. Je lui laisse la parole…   

Merci de votre attention." 


Ci-dessous, vous trouverez donc le texte du message que j'ai lu devant la plaque. 

Il présente un éclairage un peu  différent, car il retrace la manière dont nous avons pu reconstituer le contexte de l'époque. 


"Ceux et celles qui ont assisté à cette cérémonie depuis 2019 savent à présent ce que fut le sort tragique de la famille Bocobza, dont le nom figure ici, sur cette plaque. 


Ce soir, je vais rajouter un nouvel éclairage à cette période, à l’aide du récit de Maureen Emerson, une auteure anglaise, qui connait en détail l’histoire d’Opio. C’est grâce à elle, que nous avons pu reconstituer le parcours des cinq hommes dont vous avez bien voulu, Monsieur le Maire, avec le soutien de votre Conseil Municipal, inscrire les noms sur cette plaque, inaugurée il y a déjà 3 ans.


Cette colline, que nous voyons depuis l’endroit où nous nous tenons, et que nous connaissons aujourd’hui sous le nom du ‘Chemin du Château’, était appelée, avant-guerre ‘la Colline des Anglais’ pour des raisons évidentes. Quatre charmantes anciennes maisons la bordaient, de tailles différentes. Le Castello, San Peyre, La Bastide, et Fort Fortescue. Dans l’entre-deux guerres, elles appartenaient à quatre expatriées, dont une Américaine, deux Anglaises et un marquis britannique et, bien entendu, ils se fréquentaient tous. 

 

En 1940, toutes quittèrent Opio, et la France, sauf une : Elisabeth Starr, une héroïne de la Première Guerre mondiale, qui resta sur place. Pour quoi faire ? Pour rejoindre un petit groupe de résistants qui s’était formé pour abriter des familles juives fuyant la persécution nazie. Il faut se souvenir que tout le monde ici mourrait de faim en ce temps-là, ou presque. Même les figues du jardin de la Bastide étaient réquisitionnées ! Elisabeth Starr partageait sans compter ses rations avec ceux et celles qui en avaient besoin, dont ses petits protégés. Elle mourut en 1943, à l’âge de 54 ans, de maladie et de malnutrition, et elle est enterrée ici à Opio, dans votre cimetière.  


Mais d’autres continuèrent à cacher des personnes en danger, même quand cela devint extrêmement dangereux pour eux de le faire. Deux instituteurs communistes du Rouret, M & Mme Dardaillon, donnaient des cours aux enfants juifs cachés au Castello. Ils pénétraient aussi à la mairie le soir, sous prétexte d’utiliser le téléphone, pour y tamponner de faux papiers qui éviteraient à leurs porteurs d’être déportés…

L’occupation italienne a été relativement bégnine pour notre région, et pour ses réfugiés juifs en particulier, mais lorsque les Allemands envahirent la zone dite libre en septembre 1943, la donne changea du tout au tout. 


Je vais maintenant vous parler d’un rescapé, à qui l’on doit (toujours grâce à Maureen Emerson) de connaître de nombreux détails sur ce qui se passa ici, à Opio, entre juillet et décembre 1943. Il s’appelait Claude Marcus, il avait 19 ans (il avait fait noter 17 ans, sur ses faux papiers, pour éviter le STO – NB le Service du Travail Obligatoire, en Allemagne) et il était ami avec l’un des fils de Mme le Dr Suzanne Perles. Cette dernière avait choisi de louer la maison appelée la Bastide, afin de quitter Cannes car la ville devenait de plus en plus dangereuse pour les Juifs. Son mari gérait la trésorerie d’un groupe de résistants. Ils avaient 3 enfants. Opio leur est apparu comme un havre de paix.


La famille hébergea aussi plusieurs amis juifs de leurs enfants adolescents, et notamment ce Claude Marcus, dont les parents, domiciliés au Cannet, pensaient qu’il serait plus en sécurité à Opio qu’avec eux, malgré l’apparente bienveillance des Italiens.  


Une autre des villas, la villa San Peyre, qui appartenait à un nommé Charles Anglesy, était également louée. Vous savez à qui … à la famille Bocobza, qui était venue de Marseille pour se réfugier dans ce village tranquille. M. Bocobza était juif, son épouse était catholique. Le plus jeune de leurs enfants avait eu la polio, et il était partiellement paralysé. On se souvenait dans le village de M. Bocobza pour sa gentillesse, car quand il sortait de la boulangerie où il allait acheter son pain, il donnait toujours des bonbons aux enfants qui traînaient par là. Il était aussi toujours bien mis de sa personne, et cela impressionnait beaucoup les villageois de l’époque. Je vous raconte cela, car ce sont les seuls détails que l’on connaisse sur lui… et à ce jour nous n’avons toujours pas trouvé de descendants de cette famille. 


Au cours de ces mois, les familles de ces villas se retrouvaient volontiers pour déjeuner ou dîner (frugalement, on s’en doute), et notamment au Castello, chez Mme Diane Van Dommelen qui s’était occupée de Mme Elisabeth Starr, et dont nous avons aussi appris qu’elle avait caché des enfants du réseau Marcel. Ce réseau créé par Moussa Abadi et Odette Rozenstock, avec l’aide de Monseigneur Rémond, Evêque de Nice, plaçait des enfants dans les lieux sûrs, comme des couvents ou des pensionnats catholiques, en leur donnant de faux noms. Les responsables juifs du réseau rendaient visite aux enfants pour vérifier qu’ils allaient bien. Nous avons ainsi retrouvé une fiche remplie avec l’aide de Mme Van Dommelen indiquant l’état de santé de deux petits pensionnaires du Castello, Léo et Pierre Fromentin, Léo et Willi Kolinski, de leur vrai nom. 


Comme vous le savez, les Allemands occupèrent notre région début septembre 1943, et la chasse aux Juifs y devint systématique. Tandis que les Italiens se sauvaient, désertaient, ou se trouvaient séparés de leurs unités, ils reçurent de l’aide matérielle de la part des habitants de la Colline des Anglais. Mais la Gestapo avait à présent le champ libre, pour poursuivre et arrêter les résistants et les Juifs. 


Le matin du 23 décembre 1943, la paix de la colline fut brutalement rompue avec l’arrivée à la Bastide de Robert, l’un des fils de la famille Bocobza, qui fit irruption chez les Perles pour les prévenir que les fameuses "tractions" (Citroën) noires de la Gestapo était montées jusque chez eux, à San Peyre, et que sa famille était en train d’être arrêtée. Comme certains le savent, les Bocobza avaient tenté de se cacher dans un grand placard creusé dans le mur près de la cheminée… sans succès. Ils furent tous arrêtés, embarqués, et déportés le 7 mars 1944, y compris le plus jeune qui était paralysé. Leurs noms figurent sur cette plaque.  Seul Robert, celui qui avait cavalé à travers les restanques pour prévenir les Perle a survécu… et Mme Bocobza, puisqu’elle n’était pas juive. 


Grâce à cette alerte, les Perles ont pu s’échapper à temps et éviter l’arrestation en partant « comme des fous » se cacher dans la campagne environnante, sans être arrêtés, avant de retourner à Cannes. Opio n’était plus un havre de paix pour eux…


Quant à Claude Marcus, il a pu s’échapper vers l’Espagne, puis vers l’Afrique du nord… Un long et dangereux   périple, semé d'embûches en tous genres… Une fois enfin arrivé à Oran, il devint interprète auprès des Alliés, puis pilote à bord d’un Dakota, et finit par atterrir près de Saint Tropez… avant de pouvoir rejoindre Cannes (qu'il avait survolée avec beaucoup d'émotion), le 25 août 1944. Vous n’allez pas le croire : il remontait le bd Carnot sur un très vieux vélo de femme, écrasé de chaleur, quand il croisa une autre cycliste, c’était Mme Perles !  Toute la famille Perles avait survécu, une partie ayant été cachée au Couvent du Bon Pasteur, à Cannes, mais Mme le Dr Perles lui apprit que ses parents à lui avaient été arrêtés à Pau, en mai, et déportés. Claude ne les revit jamais. C'est grâce au récit de ses souvenirs, recueillis par Maureen Emerson, que nous avons pu reconstituer le sort tragique de la famille Bocobza. 


Voilà, j’ai voulu ajouter des précisions au contexte de ces mois passés ici par ces réfugiés. Certains, comme les Bocobza, n’ont pas eu la chance de survivre à la barbarie,  mais d’autres ont été aidés, et protégés par les villageois de d’époque. Ils ont échappé au pire. Souvenons-nous d’eux, tous et toutes. Et en particulier de ceux dont vous avez bien voulu que leur nom figure ici, gravé dans le marbre. Nous vous en remercions, car grâce à vous ils ne seront plus oubliés dans la nuit et le brouillard. Merci, merci, à vous tous et toutes." 



À l'issue de ces prises de parole, Monsieur le Maire a déposé, 

en signe de solidarité, et de rappel de la tradition juive,

un petit caillou sur la stèle des déportés.


Cette cérémonie donne toujours lieu à des rencontres très spéciales : après ce discours, j'ai été abordée par un monsieur qui m'a dit avoir connu Mme Starr ! Le petit Jeannot avait 6 ans à l'époque, et ses parents travaillaient pour elle. Son grand-père était jardinier au Castello, et sa mère, femme de chambre. Elisabeth Starr était déjà très malade. D'après ce témoin, elle était veillée par Mme Van Dommelen, qui avait "pris la main", et qui contrôlait tout de très près, au plan matériel. Cela correspond à ce que dit Maureen Emerson de la personnalité ambiguë de cette personne... 

 

Elisabeth Starr, voulant faire un cadeau au petit Jeannot, lui fit passer par sa maman un petit chien en peluche. Ce fut un joli cadeau avec lequel l'enfant joua pendant longtemps. Mais, voilà que, plusieurs années plus tard, oh surprise ! un petit trou apparut dans le ventre de ce joujou anodin, par lequel se mit à sortir.... une chaîne en or, sur laquelle était pendue, à l'aide d'un petit anneau, une pièce de 1 US dollar ! Il les a conservées, bien entendu !


"Jeannot" Mancini,  
témoin précieux de cette époque... 



La maman de Jeannot a continué à travailler au Castello après le décès d'Elisabeth Starr, ainsi que chez les Fortescue. 



Jeannot m'a aussi raconté que c'était son grand-père qui avait planté les arbres que l'on voit toujours devant cette belle demeure, que l'on aperçoit en haut à droite sur la photo ci-dessus. 

Il se souvient aussi s'être bien planqué entre les haies de jasmin, au moment des bombardements alliés – un épisode que Thierry Occelli, le maire d'Opio, a rappelé dans son discours, lors de la seconde partie de la cérémonie.



Ci-dessous quelques images de ces cérémonies si émouvantes, qui ont aussi pour but de raviver la conscience des présents, dont ont fait partie, cette année plusieurs très jeunes gens – en rappel de la Libération du Pays de Grasse, très bien expliquée par le Colonel Gilles Lécuyer. 






Chaque nation a été honorée : les hymnes nationaux
et le Chant des Partisans ont été joués,
ainsi que le Chant des Partisans et l'hymne européen. 





Photos ci-dessus ©Serge Binsztok


Michèle Merowka, Serge Abihssira et Bernard Benattar
déposent une gerbe au nom de l'AMEJDAM
 devant la stèle de la Libération 



À Opio, la relève semble assurée !


Nous espérons vous voir ou vous revoir très nombreux à Opio en 2022 ! 

En attendant ne manquez pas, si vous êtes près de Nice, les cérémonies qui marqueront la libération de cette ville. 




Et, notamment, celle qui aura lieu le vendredi 27 à 18:00, devant le Palais Stella, 20 boulevard de Cessole, devant la plaque du Comité insurrectionnel de Nice. Une cérémonie en hommage aux acteurs et aux acteurs du soulèvement niçois du 28 août 1944, organisée par l'Association du Musée de la Résistance Azuréenne, sous l'égide du Pr Jean-Louis Panicacci.  


* * * * *


Texte et mise en page de ce billet : Cathie Fidler. 

Photographies de ©Jacques Lefebvre-Linetzky, 

©Serge Binsztok, et ©Michèle Merowka. 


Vous pouvez bien entendu emprunter ces images, mais merci d'en citer la source : "Le blog de l'AMEJDAM." 

 

 

 

  

samedi 30 janvier 2021

ADIEU ANNETTE CABELLI, MEMBRE D'HONNEUR DE L'AMEJDAM

 ADIEU ANNETTE...



Yom Hashoah, 2015.  © Jacques L+L


Annette est arrivée à Nice après avoir passé une grande partie de sa vie à Paris. Son sourire, sa gentillesse, son empathie naturelle ont conquis toutes les personnes qui ont eu la chance de la côtoyer.

Sa vie, toutefois, n'a pas été un long fleuve tranquille...

Elle a vu le jour en Grèce le 25 avril 1925, dans une famille de Juifs d'origine espagnole, dont les ancêtres ont été chassés par l'Inquisition, en 1492. Il y a bien longtemps, direz-vous... et pourtant ses racines étaient tellement profondes que la langue pratiquée en famille était le judéo-espagnol. 


Ida et ses enfants: Albert, Dino et Annette à Salonique (Collection privée)


Deux garçons, Albert et Dino ont précédé la petite Annette. Elle n'a que quatre ans quand son père meurt. Pour subvenir seule aux besoins de ses enfants, Ida, sa mère, travaille comme couturière. Annette racontait son enfance et la faim qui la tenaillait sans arrêt. C'est ainsi qu'elle apprit très jeune à se débrouiller pour améliorer l'ordinaire. 

À 17 ans, elle est déportée avec sa mère, et son frère aîné. Sa mère est gazée dès son arrivée à Auschwitz, le 2 mars 1943. Annette, son frère et sa cousine sont sélectionnés pour le travail. Dès lors elle devient le numéro 40637.



Annette à l'inauguration de la plaque de l'École du Port,

le 26 juin 2016.

Le tatouage du numéro est visible sur son bras gauche. 




Elle survit à l'enfer du camp et, après de nombreuses péripéties, choisit de s'établir en France. "La France m'a accueillie, dit-elle, c'est ma patrie, contrairement à la Grèce qui reste pour moi un pays antisémite."



Annette à Paris après la guerre (Collection privée)

Annette épouse un ancien déporté, ami de son frère. Ils vivent à Paris et elle travaille dans la confection avec son mari. Deux filles, Denise et Jacqueline, puis un petit garçon, Stephan, constituent la famille Cabelli. Mais rien ne lui aura été épargné et elle connait la terrible douleur de perdre son fils à l'âge de 10 ans. 

Après une vie de dur labeur, elle choisit Nice pour y passer ses dernières années. Un nouvel horizon s'ouvre à elle : grâce à Passerelles et à son animatrice Jacqueline Parienté, elle rencontre d'autres personnes issues du monde juif sépharade, mais aussi des descendants des Juifs d'Europe centrale parlant le yiddish, langue apprise pendant son internement dans le camp d'Auschwitz.



Annette Cabelli et Suzanne Tarica, 

à la gare de Nice,  juillet 2019. © Jacques L+L


Complètement intégrée à la vie niçoise, Annette était présente à toutes les manifestations commémorant la Shoah ; elle acceptait aussi toutes les invitations à rencontrer les élèves, partout dans le département. 



Annette, invitée d'honneur au Conseil Départemental, lors de la remise 
du Prix Charles Gottlieb au collège de Beausoleil, 2018. 
À gauche, Alain Zyzeck, membre du bureau de l'AMEJDAM.




Annette Cabelli, le 22 mai 2019, 
au collège de Saint-Jeannet,
dans le cadre de la lutte contre les discriminations et
l'antisémitisme, par la BPDJ06 
(Brigade de prévention de la délinquance juvénile de
Cagnes-sur-Mer)  
© Michèle Merowka

Ses paroles restent gravées dans ma mémoire : "Tant que j'aurai un souffle de vie, je témoignerai!" Et c'est ce qu'elle a fait, chaque fois qu'elle était sollicitée pour intervenir dans les établissements scolaires. 



Annette allume l'une des six bougies, accompagnée par un jeune EI (Éclaireur Israélite) devant Martine Ouaknine. Nice, Synagogue Deloye, 6 octobre 2019. © Michèle Merowka


Elle participait aux événements communautaires: Yom Hashoah au cimetière juif du Château, commémoration à la synagogue en mémoire des déportés et victimes de la Shoah, cérémonie à la gare de Nice commémorant les rafles des 17 et 18 juillet à Paris. 



Yom Hashoah 2015. © Jacques L+L


Elle acceptait de rencontrer des élèves chaque fois qu'elle était sollicitée. Néo Verriest, un jeune lycéen venu de Toulon est le dernier à avoir eu la chance de recueillir ses souvenirs, le 20 décembre 2020, trois semaines avant sa disparition.





Annette avait accepté d'être membre d'honneur de l'AMEJDAM et nous avons tous beaucoup de peine de ne plus voir son sourire et d'entendre sa voix chantante au doux accent grec qui l'a accompagné tout au long de sa vie.


Il fallait plus que la crainte de Covid pour empêcher Annette d'assister à la cérémonie en mémoire des déportés le 27 septembre 2020. © Yossi Benavraham




Au mois de mars 2020, nous avons invité Annette à Radio Chalom Nitsan pour l'émission de l'AMEJDAM, "Au nom des enfants". Yossi Benhavraham, le directeur d'antenne, nous a communiqué les liens qui vous permettent de réécouter la voix qui vient de s'éteindre. 

C'est ici

Et

Annette Fiorentin-Cabelli nous a quittés, mais son souvenir restera gravé dans nos cœurs. 

Michèle Merowka. 


L'hommage de Linda Sixou


Linda Sixou a offert de grandes joies à Annette et qui peut mieux qu'elle raconter ce qu'elles ont vécu ensemble, ces dernières années :

Il y a cinq ans environ, j'ai parlé d'Annette à mes amis du Centro Séfarade-Israël. En leur racontant son histoire, je mentionnais qu'elle parlait encore dans la langue de ses ancêtres. Ils voulurent la rencontrer et c'est ainsi que ma vie et celle d'Annette ont changé.

Nous avons commencé à nous rendre à Madrid, chaque année, pendant une semaine pour transmettre cette mémoire de la Shoah. Séville et Barcelone nous accueillirent également.

Au début de nos interventions, cette partie de l'histoire n'apparaissait pas dans les manuels scolaires espagnols, cependant les professeurs qui le souhaitaient pouvaient l'intégrer dans leur programme. Là encore, de très belles amitiés sont nées.

Lors de chacun de ses témoignages, je m'asseyais à sa droite, je lui posais des questions, lui proposais un verre d'eau, l'observais pour m'assurer que tout allait bien et qu'elle pouvait continuer. 



Commémoration de la libération du camp d'Auschwitz organisée par 
la communauté juive de Madrid à l'Asamblea de Madrid, le 23 janvier 2020. 

Mais Annette voulait toujours continuer. Elle me disait : "Je témoignerai jusqu'à la fin de ma vie, je le dois." Nous nous demandions tous où elle puisait cette force...

C'est ainsi qu'Annette et moi avons voyagé pour témoigner sur sa déportation, et nous avons toutes les deux vécu des moments inoubliables. 

Des milliers d'enfants, d'adolescents, d'adultes, de professeurs, d'associations, ont assisté à ces rencontres si émouvantes. Nous avons allumé des bougies lors des commémorations de la libération du camp d'Auschwitz.



Témoignage organisé par la mairie de Majadahonda, 
le Centre Séfarade Israël et la Communauté juive de Madrid


(Les hispanistes apprécieront aussi de lire le paragraphe qui suit, écrit en hommage à Annette par la Communauté Juive d'Espagne.

Queremos manifestar nuestro profundo agradecimento a la señora Cabelli de bendita memoria, quien se eforzó valiente generosamente hasta el final de sus dias, en recordar, en relatar en escuelas y actos de recuerdo de la Shoá las viviencias terriblemente dolorosa que a ella le tocó vivir. Y lo hizo para proteger del horror que siempre acecha, a las nuevas generaciones y que lo que ella vivió, no se vuelva repetir.

On peut également regarder le témoignage (en espagnol) d'Annette en Espagne, et s'informer sur le monde judéo-espagnol - langue, culture, musique - en cliquant sur ce lien. Les anglicistes y trouveront aussi l'article publié sur Annette dans "Tablet Magazine") 


Annette est intervenue au Sénat, dans des ministères, des municipalités, des universités, dans des établissements scolaires publics et privés, et l'an dernier au ministère de la justice. 

De grandes amitiés sont nées et aujourd'hui, les nombreux messages que je reçois me réconfortent et confirment ce que je savais déjà : L'Espagne aussi aimait Annette. 

Un amour bien partagé.

Dès que cela fut possible, nous avons tout fait afin qu'elle puisse obtenir la nationalité espagnole et un passeport espagnol. Cela était si important pour elle. Sa maman parlait très souvent de l'Espagne, elle en rêvait et projetait d'emmener ses enfants sur la terre de ses ancêtres. 

"Sueynos d'Espannya, Suenyos d'Espana, Suenyos d'Espanyaaa" ... (Rêves d'Espagne)

Je n'oublierai jamais toutes les démarches, les difficultés, les aides qu'à chaque fois nous considérions tous comme des cadeaux du ciel. Merci à vous de l'avoir aidée. 

Nous avions l'impression de vivre une course contre la montre. Allions-nous recevoir ce passeport à temps? Obtenir ce passeport était un présent qu'Annette voulait offrir à sa mère avant de nous quitter. Si vous aviez vu sa joie, son bonheur lorsqu'elle reçut enfin "son" passeport espagnol en 2017 !

Et puis, elle rencontra le roi Felipe VI et l'année suivante, la reine Sofia. Ce furent des moments inoubliables : "Annette chez le roi". 



Au Palais de La Zarzuela, le roi Felipe d'Espagne a reçu en audience Annette Cabelli, survivante de l'Holocauste (...) 

Annette a reçu la nationalité espagnole en 2017 en vertu de la loi de nationalité de la communauté séfarade 'communauté juive historique issue de la péninsule ibérique).

Copyright photo: © Casa real

J'aurais tant aimé être une petite souris ce jour-là ! Quel bonheur de voir sa joie à son retour ! Et cette petite phrase lorsqu'elle revint de son entrevue avec la reine Sofía: "Nous avons même parlé en grec avec la reine!"

Tout ce travail de mémoire et ce temps passé ensemble nous ont permis de mieux nous connaître, de nous rapprocher et de partager des moments extraordinaires. C'est de tout cela qu'est née notre relation qui peu à peu se renforçait (...)

Annette n'est plus sur notre terre, mais elle restera toujours dans nos cœurs. Oui, elle va me manquer ! Elle va nous manquer. Bon voyage, Annette ! (...) 

À ses obsèques, nous étions tous là et l'avons accompagnée avec nos messages, nos pensées et nos chansons en grec, en judéo-espagnol, et en hébreu. 

Annette est partie avec Adyo Kerida, cette chanson qu'elle aimait tant et que nous entonnions souvent  ensemble à la fin de ses témoignages. Nous pouvions voir alors l'expression de son visage changer et tout le poids de son histoire s'alléger... 

Elle adressait alors à tous le merveilleux sourire que l'on surnommait à juste titre : "La Sonrisa Linda". 

Pour écouter Adyo Kerida, cliquez sur ce lien.


L'hommage de Jacqueline Parienté


Jacqueline Parienté a envoyé un message très émouvant aux membres de Passerelles pour annoncer la disparition d'Annette :

Elle nous quitte en ce début d'année et nous laisse si tristes et désolés avec un profond regret d'avoir été empêchés de la revoir.

Ce terrible virus qui l'a emportée l'avait confinée tous ces derniers mois dans un terrible isolement qu'elle ne supportait plus.

Elle a éclairé nos rencontres, ateliers, conférences ... de son regard rieur, aiguisé, malicieux, auquel rien n'échappait. 

Elle a été la voix à l'accent de Salonique irremplaçable, qui n'a cessé de témoigner avec détermination, auprès des jeunes surtout, en France mais en Espagne, jusqu'à il y a très peu de temps.

Fatiguée, affaiblie, elle a trouvé la force d'aller vers les autres pour parler, échanger ; dressée, tenue, portée par la nécessité, le devoir de transmettre, de faire savoir encore et encore, jusqu'au bout, l'horreur dont elle était la survivante bien vivante.

Elle nous a nourris de souvenirs, d'anecdotes, d'histoires et de chants en judéo-espagnol que nous n'oublierons pas.

Elle nous manque déjà, Annette.

Ce soir, nous nous sentons orphelins. 


Hommage en musique


Pour écouter Esther Lamandier chanter La Rosa enflorececliquez sur ce lien.

Vous pouvez également écouter Savína Yannátou en cliquant sur ce lien.



Annette, Nice, le 21 juin 2020 ©  Michèle Merowka




* * * * * * *


Texte de ce billet :

Michèle Merowka

avec la participation de :

Linda Sixou & Jacqueline Parienté

Mise en page : Jacques Lefebvre-Linetzky

























dimanche 10 janvier 2021

TIBOR "TED" RUBIN, UNE VIE, UNE HISTOIRE DE RÉSILIENCE

En ces temps incertains où la visibilité n'est pas toujours au rendez-vous, l'AMEJDAM tient à vous présenter ses meilleurs vœux pour une année 2021 plus douce et plus sereine. 

À l'aube de cette nouvelle année, nous vous proposons de vous raconter une belle histoire de résilience.  C'est du "storytelling" car raconter une histoire vraie, c'est aussi notre façon de faire vivre la mémoire. 


Image empruntée ici


Tibor "Ted" Rubin(1929-2015) a vécu plusieurs vies et plusieurs enfers. Il aurait dû mourir maintes fois, il s'est vu mourir, mais il était doué d'une extraordinaire volonté et il s'en est sorti à chaque fois. Peut-être a-t-il eu de la chance, mais était-ce vraiment de la chance? Il a connu l'enfer de Mauthausen, il a bravé tous les dangers durant la guerre de Corée et il a passé de longs mois dans un camp de prisonniers que les Chinois tenaient d'une main de fer. 

Il y a chez lui une capacité de résistance absolument étonnante.

"Résister, c'est un terme que nous connaissons bien, et qui indique le refus de céder à toute pression ; la capacité à ne pas être détruit, à ne pas être altéré par ce qui menace."

Cathie Fidler 

Ted Rubin savait résister ; c'était en lui et rien ne pouvait l'arrêter. Et puis, au-delà de cette formidable capacité, il a su repartir au combat, mobiliser ses forces, triompher de l'adversité. En d'autres termes, il a fait preuve de résilience. Sa vie est à elle seule une illustration du concept de résilience. 

À l'origine, c'est un terme qui s'applique au monde de la physique : c'est la résistance d'un matériau aux chocs. Appliqué à la psychologie, c'est une qualité qui permet de "rebondir" après une expérience traumatique. 



Boris Cyrulnik
Image empruntée ici


"La résilience, c'est l'art de naviguer dans les torrents". 

Boris Cyrulnik

"Le concept de résilience est d'abord introduit en 1969 par Fritz Redl. Dans les années 1980 plusieurs ouvrages consacrés à la résilience ont paru, puis des études furent conduites aux États-Unis dans les années 1990 sous l'influence de Emmy Werner et John Bowlby.

Aujourd'hui, on compte des instituts de résilience en Hollande, des universités de résilience en Allemagne. Au Québec, le chef de file des études sur la résilience est le docteur Michel Lemay et en France, à partir de ses recherches sur le comportement animal et humain et disciple de John Bowlby, Boris Cyrulnik s'impose comme un spécialiste en la matière. Il pense la résilience en terme de série d'attitudes de protection et comme potentialité créatrice, développement de certaines facultés qui permettent la transformation psychique de la souffrance humaine.

Si le terme de résilience est employé couramment, ses significations s'appliquent à des nombreux domaines. On parle ainsi de résilience morale, résilience physique, résilience sociale, résilience culturelle..."

Source : Claudia Samson, à lire sur ce site

La résilience consiste à continuer à évoluer, à se développer et à se construire après un traumatisme. Mais cette évolution engage une transformation car elle ne peut pas se situer dans l'exact prolongement de ce qui a précédé l'atteinte traumatique. 


Tibor Rubin, un exemple de résilience



Image empruntée ici


Le 23 septembre 2005, 55 ans après s'être distingué par deux fois durant la guerre de Corée, le caporal, Tibor "Ted" Rubin s'est rendu à la Maison Blanche pour se voir décerner la médaille d'honneur des mains du président George W. Bush. Tibor avait alors 76 ans. George Bush dit de lui, dans son allocution, qu'il était l'un des combattants juifs les plus extraordinaires que l'Amérique ait connu dans son histoire. Plus tard, en 2016, un an après la mort de Tibor, le président Obama décida que l'hôpital des vétérans de Long Beach en Californie s'appellerait désormais The Tibor Rubin VA Medical Centre. 

Vous pourrez lire l'intégralité du discours (en anglais) de George Bush en cliquant sur ce lien

La médaille d'honneur est la plus haute distinction militaire des États-Unis. Elle récompense des soldats qui se sont distingués en mettant en péril leur vie au profit de l'intérêt général et en accomplissant un acte d'héroïsme ou de bravoure exceptionnel au combat. 

À ce jour, 3526 médailles ont été décernées depuis la guerre de Sécession. La médaille se décline en trois versions : celle de l'US Army, celle de l'US Navy et celle de l'US Air Force. 


Médaille de l'US ARMY

Médaille de l'US Navy

Médaille de l'US Air Force

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L'Amérique est très attachée à cette haute distinction qui glorifie ses forces armées à travers l'exemple de héros exceptionnels. Le médaillé d'honneur le plus célèbre de Hollywood est l'acteur Audie Murphy (1925-1971) dont les exploits ont fait l'objet d'un film, To Hell and Back (L'enfer des hommes), Jesse Hibbs, 1955. 



Audie Murphy
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On peut comprendre l'émotion qui étreignit Tibor lorsqu'il reçut sa médaille.

Tibor Rubin est né le 18 juin 1929 à Pásztó en Hongrie - c'est à deux heures de train de la capitale, Budapest. La petite ville comptait 120 familles juives. Son père, très attaché aux traditions religieuses, y tenait un commerce de chaussures. 

Tibor est un enfant joyeux, débrouillard qui voue une admiration sans bornes pour son frère aîné, Emery. Il aime aller au cinéma voir des films américains. C'est ainsi qu'il se construit son propre rêve américain. 


Mauthausen



La porte d'entrée du camp de Mauthausen
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Il a 13 ans lorsqu'il est interné à Mauthausen en Autriche. Il passe 14 mois dans cet enfer. La présence de son frère, Emery, lui aussi interné à Mauthausen, lui permettra de résister psychologiquement – il est, de fait, son tuteur de résilience. Il survit grâce à une indomptable volonté et il met en œuvre des stratégies qui lui seront très utiles par la suite. Il observe les rats et adopte leur comportement pour déjouer la surveillances des implacables surveillants. C'est un chapardeur qui se faufile partout et qui demeure insaisissable. 

Sa famille a été décimée. Son père est mort à Buchenwald. Sa petite sœur de 10 ans ainsi que sa maman ont été gazées à leur arrivée à Auschwitz. En fait, la plupart des membres de sa famille ont été assassinés dans les camps. 

Mauthausen est libéré par l'armée américaine le 5 mais 1945. Il est alors âgé de 15 ans et il se jure d'émigrer aux USA car il se sent redevable envers ses libérateurs. 

Ce n'est qu'en 1948 qu'il y parvient. Il essaie de s'engager dans l'armée américaine qui rejette sa candidature en raison de son piètre niveau en anglais. Il gardera toute sa vie un accent hongrois particulièrement fort. 


L'engagement et la guerre de Corée



L'armée recrute, affiche de 1951.
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En 1950, il réussit le test d'aptitude en anglais et s'engage comme simple soldat. Il se retrouve très vite en Corée au cœur du combat. C'est une tête brûlée, rien ne lui fait peur, rien ne l'impressionne. C'est ainsi qu'il parvient à faire croire à l'ennemi qu'une compagnie entière de soldats américains tient une colline alors qu'il est seul à mitrailler les Coréens et à leur lancer des grenades, permettant ainsi à ses camarades de se replier. Par deux fois, il tient l'ennemi en échec à lui tout seul . Par deux fois il est recommandé pour la médaille d'honneur par ses supérieurs. Malheureusement, ils meurent au combat avant de pouvoir faire suivre son dossier. 

Normalement et logiquement, son dossier aurait dû être repris par son supérieur immédiat, le sergent Artice Watson. Mais le sergent était un antisémite notoire qui s'ingénia à enterrer le dossier de Tibor. Il s'acharna sur Tibor et lui confia inlassablement les missions les plus périlleuses en espérant qu'il se ferait tuer. 

Au mois de novembre 1950, le bataillon de Tibor qui se trouve près de la frontière chinoise, est décimé lors de la bataille d'Usan. Des centaines de soldats américains dont Tibor, sont faits prisonniers et sont transférés dans le camp de Pukchin connu sous le nom de Death Valley (la vallée de la mort). 

Les conditions étaient proches de l'insupportable et les prisonniers tombaient comme des mouches. 

Tibor, une fois encore, s'est distingué en appliquant les stratégies qu'il avait appliquées à Mauthausen. Pour survivre, il fallait de la nourriture. Il s'est donc mis à nouveau dans la peau du rat en chapardant des vivres dans les baraques des geôliers au péril de sa vie. Il est venu en aide à ses camarades qui croupissaient dans l'infirmerie. C'est encore lui qui a enterré bon nombre d'entre eux en récitant le kaddish, qu'ils soient juifs ou non. 

Quand les Chinois ont appris qu'il était d'origine hongroise, ils lui ont proposé de le libérer car la Hongrie faisait alors partie du bloc soviétique. Tibor n'a pas cédé, fidèle à sa promesse de venir en aide à son pays d'adoption. Il s'avère qu'il a sauvé au moins quarante vies durant ses deux ans et demi d'incarcération. Il ne sera libéré qu'à la fin des hostilités.


Le retour



Le rêve américain
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Lorsqu'il revient aux USA, il obtient enfin la nationalité américaine. Et comme si de rien était, il mène la vie tranquille d'un Américain moyen sans se soucier le moins du monde des récompenses qu'il n'a pas reçues. Il travaille dans le liquor store de son frère Emery établi en Californie. Il épouse Yvonne et ils ont deux enfants. 

La "chasse aux sorcières" fait rage, mais cela n'affecte pas son amour indéfectible pour sa patrie d'adoption. Il embrasse le rêve américain. 



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Un long parcours

Il n'a pas de contacts avec ses frères d'armes. Ce n'est qu'en 1980 qu'il se rend à une réunion d'anciens combattants de Corée. Il fait sensation car tout le monde le pensait mort. Ses camarades se mobilisent alors pour qu'on lui attribue la médaille qu'il mérite plus que tout autre. Un dossier est constitué. Il sera soumis à l'armée en 1985. Il faudra 20 ans pour que les soutiens de Tibor obtiennent satisfaction. Il a également bénéficié de l'appui du sénateur John McCain et de nombreux autres membres du Congrès forçant ainsi l'armée à revoir sa politique. 



Leonard Kravitz (1931-1951)
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En 2001, le Congrès vota le Leonard Kravitz Jewish War Veterans Act. Leonard Kravitz, oncle du musicien Lenny Kravitz, est mort durant la guerre de Corée en résistant seul, armé d'une mitrailleuse, face à l'assaut des Chinois. Il a ainsi permis à son peloton de se replier. Kravitz avait également été recommandé pour la médaille d'honneur, mais les préjugés antisémites avaient bloqué son dossier. 

Le groupe d'amis qui œuvrait pour Tibor a eu finalement gain de cause et Tibor a pu recevoir sa médaille des mains du président Bush en 2005. 

Jusqu'au bout Tibor a cru en son rêve américain. Pour lui, l'Amérique était le plus beau pays du monde. 



Tibor Rubin reçoit la médaille d'honneur des mains 
du président des États-Unis, George W. Bush.
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Documents en complément


Une biographie


Single Handed : The Inspiring True Story of Tibor "Teddy" Rubin, Holocaust Survivor, Korean War Hero, and Medal of Honor Recipient, Daniel M. Cohen, 2015. 



Le site de Daniel M. Cohen, capture d'écran
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Un roman graphique 




Ce roman graphique a été mis en ligne par l'Association de The United States Army. Il s'agit d'une série  consacrée aux soldats ayant obtenu le médaille d'honneur. Vous pouvez télécharger le PDF de ce numéro en vous rendant sur ce site.





Pour écouter l'émission sur RCN , cliquez sur ce lien


Texte et mise en page, Jacques Lefebvre-Linetzky










 

jeudi 22 octobre 2020

HERBERT TRAUBE : UN PARCOURS MOUVEMENTÉ

Herbert Traube, entre  Michèle Merowka et Cathie Fidler,
dans le studio de RCN 89.3 
(sans masque, mais juste le temps de la photo !)


Le 6 octobre dernier, nous avons eu l'immense honneur de recevoir, sur l'antenne de RCN, un homme exceptionnel à tous égards : Monsieur Herbert Traube. 

Herbert Traube – dont nous pouvons révéler qu'il a plus de 96 ans – a répondu à nos nombreuses questions sur son parcours, depuis son enfance dans sa ville natale de Vienne et son départ d'Autriche, sur ses internements dans les camps de Gurs, de Rivesaltes (une détention à laquelle, hélas, sa maman ne survécut pas) et des Milles, sur ses diverses évasions (spectaculaires), son engagement militaire dans la Légion Étrangère, et tout ce que cela a impliqué. 



Nous avons été éclairées, grâce à lui, sur les diverses périodes de cette vie véritablement exceptionnelle – le terme n'est pas trop fort – et nous avons été sidérées par le contenu de ses réponses, si détaillées et précises. 

Plutôt que de les retranscrire ici, nous vous engageons à cliquer sur ce lien afin de les entendre. Promis, vous ne le regretterez pas. Herbert Traube est passionnant à écouter. 


Tout jeune homme encore,
Herbert Traube a fait preuve d'une résilience 
et d'un courage extrêmes...

Vous pouvez également lire une partie de ses souvenirs de l'hiver 1940-41 sur le site du Camp de Gurs

Ce sera ICI

Nous ajoutons, en guise de conclusion, que le livre qu'Herbert Traube a écrit sera bientôt à nouveau disponible, car enfin en ré-impression. Guettez-en aussi la sortie. Vous le lirez comme on lit un roman, le roman de sa vie, raconté avec une voix précise, sincère et authentique. Il devrait figurer dans tous les centres de documentation des établissements scolaires, car cette vie, sa vie, est exemplaire, à tous égards. 



Ouvrage édité par le Camp des Milles




Bonne écoute, en attendant !

RAPPEL : C'EST PAR ICI





Texte et mise en page de ce billet : Cathie Fidler